Arras Film Festival (3) : Le Palmarès, “La Tête à l’envers” et “The Line”

Le Palmarès

Les différents jurys du Arras Film Festival ont délibéré et remis hier soir leurs prix. Un palmarès cohérent qui met en avant les 3 films qui ont le plus touché les professionnels et le public de cinéphiles qui a fait un triomphe à cette 18ème édition.

Le jury professionnel présidé par Christian Carion, entouré de Constance Dollé, Alice Isaaz, Andréa Sedlackova et de Christophe Rossignon a récompensé :

Atlas d’Or : “The Line”

Atlas d’argent (mise en scène) : “Zagros”

Mention pour le comédien Aleksandr Yatsenko (“Arrythmia”)

Le jury du Syndicat français de la critique de cinéma présidé par Philippe Rouyer (Positif, Le Cercle), entouré de Yaël Hirsch, Toute la culture), Michaël Ghennam (Les Fiches du cinéma), Bruno Cras (Europe 1) et Franck Finance-Madureira (FrenchMania) a récompensé à l’unanimité :

Prix du Syndicat français de la critique de cinéma : “Arrythmia”

Le prix du jury “Jeunes” composé de lycéens en option cinéma de la Région Hauts-de-France a été remis à “The Line” et le prix du public à “Zagros”.

 

Arras : La compétition européenne (3)

par Valentin Carré

La tête à l’envers

Georg est un des critiques musicaux les plus en vue de Vienne. Lorsque son supérieur hiérarchique lui annonce qu’il est remplacé pour motif économique par une rédactrice plus jeune, il n’en revient pas. Cachant cette nouvelle à sa femme Johanna, psychologue en plein désir de maternité, il perd progressivement le fil de sa vie. Passant ses journées dans un jardin public, il y rencontre un ancien camarade de classe qui lui propose de s’occuper avec lui d’une vieille attraction de foire. Mais Georg est surtout rongé par un terrible désir de vengeance à l’encontre de son patron, un désir qui l’attire bientôt dans la folie. Comique de stand-up et de cabaret, l’Autrichien Josef Hader passe ici pour la première fois derrière la caméra et signe une comédie grinçante, à mi-chemin entre la froideur caustique d’un Kaurismäki et la satire américaine façon Judd Apatow. S’il interprète à la perfection son personnage bougon de critique sans cœur, Hader ne porte pas seul son film, laissant intelligemment la place à des personnages secondaires décapants. Sa femme, bobo rigide et exigeante, illumine tout particulièrement le film de ses remarques bien ciselées. A cette écriture fine et pointue, s’ajoute une critique sociale toute en justesse. Contrairement à The Square de Ruben Ostlund, qui s’attaque aussi aux contradictions du milieu arty-bobo européen, La Tête à L’Envers ne se veut ni clinquant, ni moralisateur. C’est justement en dépassant la satire et en s’approchant du burlesque que le film captive et surprend.

The Line

A 6 mois de l’entrée de la Slovaquie dans l’espace Schengen, les choses s’agitent du côté de la frontière ukrainienne, zone de nombreux trafics de cigarettes, drogues ou réfugiés. Adam, chef d’une bande de trafiquants, tente de subvenir aux besoins de sa famille, alors que l’un de ses rivaux, Krull, veut l’impliquer dans un dangereux trafic de stupéfiants. La tension monte entre les différentes bandes quand la fille ainée d’Adam épouse son bien-aimé. Mais bientôt l’heure ne sera plus à la fête. Porté par une troupe d’acteurs brillants, le film de Peter Bebjak illustre avec sincérité la débrouille des populations marginalisées d’Europe et la corruption qui règne encore dans l’ex-URSS. Mais en tant que véritable film de genre, The Line s’éloigne rapidement de son sujet social et politique pour aller directement dans l’action. Inattendu et surprenant, ce film de mafia à la sicilienne se détache par sa mise en scène et sa photographie, aussi originales que lumineuses. Si le film pâtir du rythme effréné de son scénario, un flot continu de micro-évènements et de nouveaux personnages, il se sauve par des fulgurances visuelles impressionnantes et revigorantes. A mi-chemin entre le cinéma d’action et le film d’auteur, The Line réinvente le genre, à la manière d’un Scorsese des beaux jours.