Les Bienheureux de Sofia Djama

Conflits de générations

« Alger, 2008 ». Le décor est planté par Sofia Djama. Les Bienheureux, son premier long métrage, est aussi beau qu’amer. Il cerne les bouleversements d’un pays à travers le regard réaliste d’une famille au bord de l’explosion : Amal et Samir, couple qui se fissure – à l’image du pays -, et Fahim, leur fils, entouré de ses amis Feriel et Reda incarnent cette jeunesse qui rêve encore de faire bouger les lignes tandis que la génération précédente se demande ce qu’il est advenu de leurs idéaux. Les rêves se font mirages et la mise en scène multiplie les plans fixes pour figurer la stagnation, la volatilité de ce qu’on croit voir. Le passé et le présent se répondent ici, et les deux sont anxiogènes. Impossible de crier “Liberté chérie”. Les personnages dessinés avec finesse par Sofia Djama sont écartelés : fuir ou reconstruire, telle est la question. Mais c’est encore plus dur pour Feriel, adolescente dont la mère a été assassinée, et qui porte sur elle les marques d’une histoire violente alors qu’elle n’aspire qu’à la paix. Les destins s’entrecroisent et forment un tout poignant. Pas étonnant que la jeune comédienne Lyna Khoudri ait été récompensée d’un prix d’interprétation amplement mérité à la dernière Mostra de Venise.

 

Réalisé par Sofia Djama. Avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi, Lyna Khoudri … Durée : 1h42. FRANCE