Edito : Et si Mocky était l’avenir du cinéma français ?

Grande gueule, franc-tireur sont deux des qualificatifs qui reviennent souvent dans les différents articles de presse ou posts-hommages sur les réseaux sociaux depuis le décès du réalisateur Jean-Pierre Mocky à 90 ans.

crédit : Neva Editions

Mocky aura été l’un des réalisateurs les plus prolifiques du cinéma français avec, à son actif, plus de 110 films, téléfilms ou épisodes de série dont il était le seul maître à bord (avec les chaînes 13ème rue et Canal Jimmy).

Sa grande force aura été de s’affranchir des règles. Autocrate ingérable pour certains, il faut lui reconnaître un sacré courage. En premier lieu, celui de dire non à un système qui aurait exigé qu’il évite certains sujets (il fut un réalisateur éminemment politique au sens noble du terme), modifie ses scénarios, ses dialogues ou s’oriente vers des interprètes plus « bankables » ou dans l’air du temps. Ensuite, celui de s’affranchir de ce fameux « modèle français » de financement du cinéma qui s’appuie sur un circuit d’avances, d’aides, notamment aux films aux budgets modestes (comme l’étaient la plupart de ceux qu’il a réalisés), qui profitent bien souvent aux intermédiaires (producteurs ou distributeurs) et qui n’est pas toujours investis avec rigueur dans ce cinéma plus fragile.

Pour garder son indépendance et sa liberté de ton, Mocky, écœuré par ce jeu de cours, de castes, de cartes (l’avoir ou pas ?) et de stratégies marketing pensées par des profils bien éloignés de sa folie créatrice avait fait un choix radical depuis quelques décennies : celui de produire et de distribuer ses propres films en circuit court et dans une salle unique, la sienne. Assurant grâce à sa folie (travaillée) une visibilité médiatique sans comparaison au nombre de salles projetant ses œuvres, il a maintenu le cap jusqu’à sa mort et continué à faire les films qu’il voulait faire, dans une économie tendue et fragile certes, mais en toute liberté.

Il suffit de laisser un peu traîner ses oreilles dans les coulisses du cinéma français pour se rendre compte que de plus en plus de réalisatrices et de réalisateurs en ont plus qu’assez des diktats normatifs exigés par les différents argentiers et diffuseurs des films, qu’elles et ils se sentent bridés dans leur liberté artistique quand il s’agit d’écrire, de choisir ses interprètes et techniciens ou de réaliser. Nombre d’entre elles, d’entre eux, se sont engagés dans des processus leur permettant de produire leurs films, et, tendance émergente, de les distribuer, de les programmer dans des salles ouvertes à des circuits plus courts. La question se pose donc en ces termes : Et si Mocky, le franc-tireur, la grande gueule était surtout un pionnier, un précurseur ayant inauguré une voie que beaucoup cherchent ? S’il avait été celui qui avait eu raison avant tout le monde ? Et si Mocky était l’avenir d’un cinéma français libre, affirmé, affranchi ?