En direct du canapé de FrenchMania, épisode 6

Chaque mercredi, FrenchMania vous propose une série, un film et/ou un documentaire français à découvrir sur petit écran, en ligne ou en VOD, depuis votre canapé, pour garder le moral et la santé ! Aujourd’hui, coulisses de l’Europe, geste de danse et film de procès.

Parlement, une série de Noé Debré, diffusée sur le site de France Télévisions

Xavier Lacaille dans Parlement. Crédit : France télévisions

Samy (formidable Xavier Lacaille) connaît son Klapisch sur le bout des doigts et, en intégrant le Parlement européen comme assistant d’un député centriste et plus qu’incompétent, il se rend vite compte que l’ambiance générale tient plus du panier de crabes que de l’auberge espagnole qu’il avait fantasmée. Son député, Michel Spinkler (Philippe Duquesne, absolument idéal) l’affirme “ça fait 3 ans que je suis ici, je ne vais pas demander maintenant comment ça marche !“, mais Samy va bien devoir apprendre au contact de ses homologues britannique (la glaçante et égocentrique Rose) et allemand (l’excessif et versatile Torsten), de son mystérieux mentor Eamon et des dangereux lobbyistes. Il va même se prendre au jeu et se passionner pour l’amendement qu’il a choisi de défendre pour protéger les requins. Coup de cœur absolu pour ces 10 épisodes politico-sentimentalo-burlesques d’une petite demie-heure disponibles sur le site de France Télévisons ! Jamais une série française de ce format n’avait autant intégré les standards décalés et le rythme archi-soutenu du Veep de HBO en y ajoutant réalisme, idéalisme et profondeur. “Une série consacrée à l’Europe ? Hmm boring … !” pour Samy. Erreur ! Parlement, c’est à la fois brillant, charmant et hilarant !

Les Enfants d’Isadora de Damien Manivel, en VOD

Les Enfants d’Isadora – Crédit : Shellac

A partir de “La Mère”, un solo de danse composé par Isadora Duncan après le décès tragique de ses deux enfants dans un accident de voiture en 1913, Damien Manivel déroule un fil entre quatre femmes qui vont se réapproprier cet héritage, ce geste. Le film suit d’abord une jeune femme studieuse en pleine recherche sur cette fameuse chorégraphie (Agathe Bonitzer), puis une prof de danse et son élève qui préparent un spectacle à partir du solo et, enfin, une vieille femme émue par la représentation et qui rentre tour simplement chez elle. Si Les Enfants d’Isadora est un film contemplatif au rythme doux et aux mouvements légers, Damien Manivel se défait du théorique pour un cinéma de geste, d’observation, hypnotique et entêtant comme une ritournelle. La mise en scène est délicate, fine, élégante et le passage de relai qu’opère de façon invisible ce geste de danse et de consolation déclenche une émotion inhabituelle, hors des conventions narratives traditionnelles grâce notamment à un montage précis et habile. Ce geste de résilience, symbolique, ses implications et résonances dans la vie de ces quatre femmes, parlent à mots couverts de l’état du monde, de la nécessité absolue de bienveillance et de la force cathartique de l’art.

Une Intime conviction d’Antoine Raimbault, diffusé sur Canal+

Une Intime conviction. Crédit : Memento Films

En 2009, Jacques Viguier est innocenté du meurtre de sa femme mais la procureur général fait appel de ce jugement et un procès en appel s’ouvre donc en 2010. C’est ce procès-là que suit Une Intime conviction, et ce procès sans aveu, sans corps, sans preuve donne lieu à un film passionnant. Pour son premier long métrage, Antoine Raimbault réussit un pari rarement tenté par le cinéma français : un film de procès qui prend la forme d’un thriller haletant. A l’image de ses modèles américains, le film mêle personnages fictifs et réels dans une course contre la montre qui embarque dans une course folle Nora (Marina Foïs, bluffante), jurée au premier procès, convaincue de l’innocence de Jacques Viguier, et Eric Dupond-Moretti (Olivier Gourmet, incarnation impressionnante qui évite tous les écueils de l’imitation), avocat bien connu qui accepte de défendre l’accusé dans ce nouveau procès en appel. Les obsessions et le jusque-boutisme de Nora vont se heurter aux doutes du ténor du barreau et à sa mesure, mais également avoir des conséquences sur sa vie personnelle et professionnelle. Le film déploie, sur un rythme à l’accélération exponentielle, une aventure folle de recherche de la vérité ou du doute qui bouscule tout sur son passage. Mise en scène précise, dialogues au cordeau, duo d’interprètes hyper convaincant, Une Intime conviction est une réussite qui n’a rien à envier aux classiques films de procès américains !