Festival de Cinéma Européen des Arcs / les longs métrages vus par FrenchMania

Du 16 au 23 décembre, FrenchMania enfile ses après-ski à l’occasion de la 9e édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs.

Près de 120 films projetés en 1 semaine. FrenchMania en a sélectionné deux par section (compétition officielle, Playtime et Hauteur). Des coups de foudre et des déceptions. Notre avis en quelques lignes avant la Palmarès annoncé ce soir !

Compétition officielle – Nos deux films favoris

Arrythmia de Boris Khlebnikov

Oleg est un jeune urgentiste russe, qui aime son travail autant que l’alcool. Après une énième cuite, sa femme Katya, infirmière à l’hôpital, lui annonce qu’elle veut divorcer. Alors qu’il tente de sauver maladroitement son couple, sa direction lui impose de nouvelles règlementations insensées, aux dépens de la santé de ses patients. Pris entre ces deux feux, il tente de rester debout. Un joyeux bordel. C’est ce que le réalisateur Boris Khlebnkov expose dans Arrhythmia, nous plongeant au cœur de la Russie profonde. Suivant les tournées quotidiennes d’Oleg, on découvre en sa compagnie une société où la loi du marché a progressivement pris le dessus, laissant sur le carreau une population démunie. Issus d’une génération charnière post-URSS, Katya et son mari sont à la recherche d’une humanité qui semble avoir disparu de cette triste campagne. Aussi libre dans sa mise en scène que dans son interprétation, Arrhythmia est un film généreux et raisonnable. C’est tout en finesse que le réalisateur russe développe son discours politique, sans jamais tomber dans la critique facile. Profondément humain, il prend le contrepied du dernier prix du jury cannois Faute d’Amour, préférant mettre en lumière l’espoir plutôt que la désolation. V.C

Nico, 1988 de Susanna Nicchiarelli

(Retrouvez notre critique et l’interview de la réalisatrice et l’actrice principale par ici : Nico, 1988)

Section “Playtime” – Un coup de coeur et un coup de gueule

La Douleur d’Emmanuel Finkiel

Juin 1944, la France vit ses derniers moments sous l’occupation allemande. Robert Antelme, écrivain, intellectuel et résistant est arrêté. Son épouse Marguerite entame alors un parcours de souffrance protéiforme. D’abord conquérante et sûre d’elle, elle cède aux invitations répétées du gestapiste Rabier (Benoît Magimel, opaque à souhait), une relation trouble de manipulation réciproque s’installe au grand dam de ses amis résistants. Puis les informations arrivent via ses camarades et son amant Dionys (Benjamin Biolay, fantomatique et puissant) : Robert a été déporté. Déporté est encore un mot qui n’a pas pris tout son sens, ses contours sont flous. La réalité va se faire jour petit à petit et Marguerite s’enfoncer dans les affres de l’attente. D’une douloureuse attente. Adapté du roman éponyme de Marguerite Duras, La Douleur est un film profond, intense, précis. Il donne à voir et à entendre comme rarement les tourments, les voix et la langue intérieurs de Duras. Tous les choix esthétiques sont justes et le film questionne le cinéma comme Duras questionnait la littérature dans ses livres. Mélanie Thierry n’a jamais été aussi vieille, aussi mûre, aussi crue, aussi vraie, aussi belle, elle est tout simplement époustouflante. Et jamais Duras n’a été aussi bien adaptée au cinéma. Emmanuel Finkiel, au sommet de son art, confirme qu’il est un réalisateur majeur en signant ce chef d’œuvre d’émotion et d’intelligence. (Interviews à retrouver sur FrenchMania la semaine précédent la sortie du film en salles le 24 janvier 2018). F.F-M.

La fête est finie de Marie Garel-Weiss

En 1998, Erick Zonka filmait avec grâce et sentiment le périple intérieur de deux jeunes femmes, une blonde et une brune, interprétées par Élodie Bouchez et Natacha Régnier. Impossible de ne pas penser à La vie rêvée des anges pendant la projection de La fête est finie, et forcément, ce dernier souffre de la comparaison avec son aîné. Marie Garel-Weiss met en scène deux adolescentes paumées et junkies qui cherchent une porte de sortie à leur cauchemar. Mais cette amitié fusionnelle devient évidemment le nouveau foyer de la dépendance. Démonstratif et suranné, La fête est finie nous laisse de marbre. Aucune émotion ne passe à travers l’image et les tremblements permanents du cadre finissent par avoir raison de nos nerfs. Ce premier long métrage de fiction filmé comme un documentaire tombe dans tous les pièges que le sujet tendait : la drogue c’est bon mais c’est mal, ça coupe du reste du monde, ça cache des traumas, mais ça se combat. Pas loin du spot de prévention. Sauf qu’on n’y croit pas. Jamais même. Les personnages sont sans épaisseur et contrairement à Erick Zonka, Marie Garel-Weiss joue la carte de la psychologisation à outrance, nous entraînant dans des groupes de prise de parole d’un didactisme affligeant. Les ficelles narratives sont énormes, et si les deux comédiennes, Zita Hanrot et Clémence Boisnard tentent tant bien que mal d’exister, leur intensité est broyée par le manque de subtilité dans l’écriture et la réalisation. A.C

Section “Hauteur” – Un coup de coeur et un coup de gueule

Après la guerre d’Annarita Zambrano

C’est l’histoire d’une dérobade, celle d’un ex-militant d’extrême gauche italien rattrapé par son passé. Soupçonné avoir commandité l’assassinat d’un juge, Marco est contraint de fuir la France où il est réfugié depuis des années, le gouvernement italien réclamant à sa patrie d’accueil son extradition. Il entraîne avec lui sa fille, Viola, 16 ans, dont la vie va se trouver alors bouleversée par la/les faute(s) de son père. Le prix à payer, voilà ce dont Annarita Zambrano s’empare avec sobriété. Ce voyage entre la France et l’Italie ravive des plaies réelles. L’action se déroule en 2002, alors que les étudiants manifestent avec vigueur contre la nouvelle loi travail (superbe scène d’ouverture chargée de la parole contestataire). Juste, engagé, Après la guerre filme les déflagrations internes, les répercussions politiques et historiques au sein de la sphère intime (la famille de Marco). Malgré quelques longueurs et une partie française moins solide que l’italienne, ce premier long métrage se distingue par son regard critique sur vingt ans d’histoire complexe entre deux pays aux révoltes communes. A.C

Chien de Samuel Benchetrit

Après Asphalte (2015), chronique humaniste, urbaine et chorale, Samuel Benchetrit adapte à nouveau un de ses romans mais change radicalement d’approche. Et si d’humanité, il n’y avait plus ? Si le monde n’hébergeait plus de cosmonautes mélancoliques tombés du ciel mais des hommes sans rêves ni buts qui préfèrent renoncer à leur liberté par peur d’être eux-même ? Jacques Blanchot, interprété par Vincent Macaigne, est de ceux-là. Un type sans intérêt que sa femme a plaqué et que son fils ne respecte pas. Sur un coup de tête, il achète un chien, et un forfait de leçons de dressage qui lui coûte un bras, mais le chien meurt. Que faire alors de ces leçons de dressage déjà payées et non remboursables ? Faire le chien, jusqu’à ce que le jeu de rôles devienne sordide. Démonstratif, grotesque, Chien ne choquera que les bourgeois. La petite fable intello-philosophique sur la négation de soi et la servitude volontaire, favorisées par une société qui force les gens ordinaires à choisir de manière binaire un camp (dominé ou dominant, actif ou passif), c’est tellement surfait qu’il est difficile de ne pas en rire. Sur des thèmes similaires, Le Teckel de Todd Solondz, était nettement plus original et convaincant. A.C.