Festival Lumière, épisode 3 : “La Fille de l’eau” et “Hyènes”

FrenchMania a posé ses valises dans l’antre du cinéma, la ville de Lyon. Chaque année depuis 2009, le Festival Lumière met à l’honneur le cinéma de patrimoine en projetant plus de 400 films à redécouvrir et quelques œuvres inédites. Un festival unique au monde. Épisode 3 : La Fille de l’eau et Hyènes.

La Fille de l’eau de Jean Renoir, 1925, la matrice du cinéma de Renoir

« J’insiste sur le fait que je n’ai mis les pieds dans le cinéma que dans l’espoir de faire de ma femme une vedette » confessait humblement le réalisateur Jean Renoir. Rien de plus beau que de terminer le Festival Lumière 2018, par cette déclaration d’un artiste à sa femme. Pour Jane Fonda, lors de son discours, en français, lors de la remise du Prix Lumière 2018, « les deux choses les plus importantes dans la vie, c’est Lumière et l’amour !». Avec La Fille de l’eau, premier film de Jean Renoir en 1925 (après le film Catherine, montré uniquement en privé et sorti après remontage en 1927 sous le titre Une Vie sans joie), les deux sont réunis. Les multiples expérimentations de mise en scène viennent bousculer la trajectoire un peu convenue de Gudule, jeune fille de marinier devenue orpheline, qui vit sur une péniche spoliée de son héritage par un oncle violent. L’adage d’André Gide en tête, « en art, seule la forme compte », Renoir prouve d’entrée toute sa maîtrise de la grammaire cinématographique. Dès les premières scènes impressionnistes, où l’on retrouverait presque les tableaux de son père Auguste, le réalisateur se permet de fragmenter ses plans par des jeux de lumières radicaux. Le récit engendre certaines représentations naturalistes (incendie) pour déclencher ensuite, lors d’une magnifique séquence de rêves et de cauchemars de l’héroïne, un extraordinaire morceau de bravoure surréaliste. Pendant plusieurs minutes, l’œuvre atteint des sommets d’inventivités formelles hallucinantes (perspectives bouleversées, plans à l’envers…) pour mêler la femme et la nature. D’une modernité étourdissante, cette œuvre matrice s’avère surtout une ode à la beauté de sa muse Catherine Hessling, dont l’élégance et la gestuelle évoque une danseuse pantomime.

Hyènes de Djibril Diop Mambety, 1992,

Hyènes ressort en salles le 26 décembre prochain en version restaurée – Crédit photo : JHR Films

Dans le cadre « Trésors et curiosités », le Festival Lumière 2018 propose de redécouvrir Hyènes suite à une splendide restauration en vue d’une ressortie en salles, le 26 décembre 2018.
Cette fable splendide raconte l’histoire d’une ancienne “bonne” expulsée de Colobane, petite bourgade fantôme de la banlieue de Dakar perdue dans le Sahel. Trente ans après, elle revient avec la ferme intention de se venger de son ancien amant, l’épicier Dramaan Drameh, qui avait contesté être le père de l’enfant qu’elle portait. Devenue milliardaire et surnommée à présent Linguère Ramatou (l’oiseau noir de la légende pharaonique, l’âme des morts), celle-ci compte bien profiter de sa fortune pour tenter de corrompre la population locale, avec de multiples cadeaux offerts (ventilateur, frigidaire, chaussures…), dans le but de les liguer contre l’ancien amoureux lâche. Une photographie à couper le souffle, une mise en scène colorée et romanesque, le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety  insuffle une réelle profondeur à un récit malin digne des pièces antiques. La narration parfois théâtrale mêle lyrisme et poésie pour mieux fustiger la corruption des êtres humains face au pouvoir de l’argent et mettre à jour les hyènes qui sommeillent en chacun. Cette fable politique sublimée par la beauté des costumes et les enivrantes compositions musicales de Wasis Diop sera la conte de Noël idéal de cette fin d’année.

3 Questions à Marie-France Aubert et Marie Dhullu, JHR Films, distributeur de Hyènes

Nous avons rencontré à Lyon, Marie-France Aubert, programmatrice de JHR Films ainsi que Marie Dhullu, assistante de distribution de la société de Jane Roger, JHR Films, qui va ressortir Hyènes en salles le 26 décembre prochain

Comment JHR Films a pu acquérir le droit de distribuer la version restaurée de film ?
Marie-France Aubert : Tout d’abord les droits du film étaient détenus par Pierre-Alain Meier, le producteur du film à sa première sortie en 1992 par le biais de sa société de production suisse Thelma Film AG. Pierre-Alain Meier a décidé de restaurer le long métrage pendant l’hiver 2017 avec l’entreprise suisse Éclair. Notre directrice de distribution Jane Roger s’est tout de suite intéressée à l’achat des droits afin de le distribuer en salles après sa sélection à Cannes Classic en 2017.

Que représente la distribution d’un tel film restauré dans la politique de JHR Films ?
Marie Dhullu : Le film est d’une telle beauté, qu’on aspire ainsi à lui redonner une nouvelle vie en salles, avec de nouvelles couleurs et cela se marrie bien également avec la politique globale de JHR Films. C’est un bonheur de pouvoir remontrer ce film dans les conditions de la salle pour le faire découvrir à un nouveau public.
Marie-France Aubert : Ressortir un tel long métrage c’est également une forme d’engagement politique, c’est important de montrer un film africain de cette ampleur. C’est ambitieux de montrer à nouveau que le cinéma africain possède de grands cinéastes dans leur patrimoine, notamment le cinéma sénégalais. Hyènes, c’est une magnifique œuvre baignée de références et surtout un vrai grand film de cinéma !

Présenter ce film au Festival Lumière 2018 représente quoi pour vous ?
Marie Dhullu : C’est un honneur de pouvoir être sélectionné dans ce festival si prestigieux, un festival des amoureux et passionnés du cinéma. Cet événement est tellement riche et ambitieux dans sa programmation de films de patrimoine. Nous sommes très heureux et fiers d’être ici.
Marie-France Aubert : Venir à Lyon avec ce film en particulier c’est vraiment beau. Le Festival Lumière c’est un magnifique écrin, où le travail du distributeur est particulièrement mis en valeur.