Festival “Les Œillades” d’Albi (épisode 1) : Les 3 premiers films de la compétition

FrenchMania est partenaire du 21ème Festival du film francophone d’Albi, “Les Œillades” du 21 au 26 novembre. Des avant-premières, des invités, un focus sur les documentaires, des séances pour les scolaires et 13 films en compétition. Le jury ? C’est le public !

Monique et Claude Martin, anciens profs d’EPS passionnés à l’initiative des Œillades peuvent être fiers. Le festival d’Albi est devenu l’un des rendez-vous importants pour les réalisateurs français et francophones qui aiment venir présenter leurs films en avant-première au public albigeois. Ce fut le cas de Gaël Morel qui a longuement répondu au public suite à la projection de son dernier film, toujours en salles, Prendre le large (lire ici notre critique) lors de la soirée d’ouverture.

Pour ce premier épisode, retour sur les 3 premiers films présentés dans le cadre de la compétition et rencontre avec la réalisatrice et l’héroïne de Luna, attendu pour mars 2018 sur les écrans.

Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête  d’Ilan Klipper

Serial loser

Bruno (l’irrésistible Laurent Poitrenaux) est un drôle de loustic. A 50 ans, il vit en coloc avec une apprentie Femen et passe l’essentiel de ses journées à grattouiller des idées en slip dans les escaliers. Signes particuliers ? Il a publié un roman à succès (certifié “coup de cœur de Jean d’Ormesson” –  lol !) , Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, il y a 21 ans déjà, il décore son appartement de photos insolites piquées sur les réseaux sociaux russes et prend un peu ses rêves pour des réalités. Quand ses parents débarquent à l’improviste flanqués d’une avenante jeune femme (Camille Chamoux), il croit à un rendez-vous arrangé. Ce qui ce joue est pourtant plus grave qu’il ne l’imagine. La jeune femme est une psychiatre et ses parents ont organisé cette “intervention” pour hospitaliser ce “serial loser” contre son gré. Ce premier film a tout de l’objet branché et foutraque. Avec son montage un peu frénétique et son onirisme limite poseur, il est toujours à la limite de devenir horripilant. Mais la force de la distribution (Poitrenaux, Chamoux, Marilyne Canto, l’ex, et mention spéciale à la toujours géniale Michèle Moretti dans le rôle de la mère), l’originalité du sujet et la petite distance ironique intriguent, désarçonnent et, finalement, séduisent. Ce long métrage, le premier d’Ilan Klipper, devrait sortir en salles au printemps 2018. F.F-M.

Gaspard va au mariage  d’Antony Cordier

Partenaires particuliers

Le titre met immédiatement Gaspard (Félix Moati) en avant, ou à part, c’est selon, héros attendu en tout cas. Pourtant, c’est le personnage de Laura (Laetitia Dosch) qui sera notre guide durant les événements. Gaspard, c’est celui dont les proches se languissent, celui qui a pris ses distances avec sa famille et qui, pour célébrer le mariage de son père, doit revenir et tout affronter d’un coup : souvenirs, aigreurs, états-d’âme, vérités. Il lui faut alors un paratonnerre. Ça sera Laura, qu’il rencontre par hasard et qui lui plait tout de suite. La mayonnaise prend dès les premières minutes du film. Un ton, une écriture, un son aussi, signé Thylacine, et une caméra mobile, près de ses personnages, capturant leur beauté, leur vulnérabilité, leur mélancolie, leur colère, leurs extases. Tout est là, réuni dans une scène où Gaspard, son frère (Guillaume Gouix), sa sœur, (Christa Théret) son père (Johan Heldenbergh) et sa vraie/fausse petite copine dansent ensemble sur de la musique pop. Le découpage par la lumière, rouge comme le cœur, isole chaque personnage tout en dessinant à travers de simples jeux de regards le nœud du drame latent. Si Gaspard prend la tête du titre, c’est surtout parce que tous sont fous de lui, en particulier sa sœur, jeune femme ours possessive. Ce retour à la maison (un zoo) n’est donc pas sans conséquences. Troisième long métrage d’Antony Cordier, Gaspard va au mariage touche par sa modestie, sa fantaisie et sa justesse. Quelque part entre les comédies dramatiques de Woody Allen et Cédric Klapisch, première période. Simple, singulier, libre et perché. En salles le 31 janvier 2018. A.C

Luna  d’Elsa Diringer

La face cachée de Luna

Pas facile de l’aimer d’emblée cette Luna. Elle sort avec un macho à deux balles, pseudo mâle alpha égoïste qui la prend pour une conne. Elle se conforme à ce qu’on attend de la cagole écervelée, capable de rire pendant qu’un jeune homme est violé en groupe, à l’aide d’un bouteille, pendant une soirée arrosée. L’empathie n’est pas gagnée et c’est là tout l’intérêt de la première moitié de ce premier film d’Elsa Diringer qui n’est ni plus ni moins qu’un portrait de jeune fille paumée en périphérie de Montpellier. Le naturel de la jeune comédienne Laëtitia Clément agit et Luna s’humanise et se révèle. La deuxième moitié qui fait se rencontrer Luna et Alex, la victime du viol, est malheureusement un peu convenue et balisée par des repères scénaristiques qui tiennent parfois du feuilleton estival mais la présence à la fois fragile et maladroite de Rod Paradot (Alex) permet de maintenir l’attention. Il la met en valeur, s’intéresse à elle, elle va enfin écouter son cœur et montrer une autre facette de sa personnalité, la nouvelle Luna. La confrontation de ces deux jeunes comédiens d’instinct est peut-être en soi le sujet le plus passionnant de ce premier film. Parfois maladroit mais toujours sincère, Luna révèle une réalisatrice et une comédienne qui méritent d’être suivies avec intérêt. Le film est attendu pour le 21 mars 2018. F.F-M.

Rencontre avec Elsa Diringer, réalisatrice de Luna et la comédienne Laëtitia Clément : “L’envie de départ c’était d’être du côté d’une méchante”

FrenchMania : C’était un défi d’écriture de rendre le personnage central du film aussi peu aimable au début ?

Elsa Diringer :  Au démarrage de l’écriture, j’étais partie sur deux points de vue, celui de la fille et celui de la victime et je me suis vite aperçue que je m’intéressais plus au personnage de la fille. J’avais plus d’idées car moi-même j’étais dans une forme d’étonnement par rapport à ce personnage, une sorte de défiance qui renforçait mon intérêt. Du coup, j’ai assumé de n’être que de ce point de vue-là. J’ai écrit pendant la période des attentats à Paris, et on a vite fait de mettre des gens dans des catégories, de dire “ces gens sont des monstres” mais, même si là c’est un cas différent (un viol dont l’héroïne est complice, Ndlr), ce ne sont pas des monstres mais bien des humains. Et il faut du coup s’emparer de ce sujet, voir comment rattraper un personnage comme celui-là. Je ne voulais pas être dans une position de rejet mais plutôt dans une interrogation : “Comment elle peu changer ? Est-ce qu’on peut lui pardonner ?“. L’envie de départ c’était d’être du côté d’une “méchante”.

Pour un premier rôle, c’est aussi un défi, non ?

Laëtitia Clément : Au départ, cela a été compliqué pour moi ! A la lecture du début du script je me suis dit “On va me détester, je vais être lynchée c’est pas possible !” mais c’est son évolution tout au long du film qui m’intéressait. Elle se sépare des personnes qui ont une emprise négative pour elle et c’est une nouvelle Luna qui apparaît. Elle est enfin elle-même, une personne sensible et sensée et c’est ça que j’ai aimé vraiment jouer. Il fallait que je comprenne cette évolution pour l’incarner.

Aviez-vous déjà un visage en tête à l’écriture ?

Elsa Diringer : Oui je voyais une fille brune, mate de peau, une méditerranéenne. Luna est un prénom espagnol donc je me racontais le personnage comme cela. Et j’ai vu Laëtitia au casting et je n’ai plus pensé à quelqu’un d’autre ! (Laëtitia Clément est blonde aux yeux bleux, Ndlr). Elle est devenue Luna.

Laëtitia Clément : J’ai été repérée lors d’un casting sauvage. J’ai accepté, cela m’intriguait et je me disais que c’était une expérience à tenter. Je l’ai passé, j’ai aimé et cela a pris une tournure que je n’aurais jamais imaginé !

Et comment s’est fait le choix de Rod Paradot ?

Elsa Diringer : Ma directrice de casting est Elsa Pharaon (qui a découvert Paradot pour La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, Ndlr) et elle pensait à lui depuis le début. Moi je souhaitais trouver un garçon du sud en casting sauvage. Mais le rôle était compliqué et il fallait une distance et donc une expérience significative. Mais Rod, dans La Tête haute est très dur, plutôt viril et nerveux, et moi je voulais quelqu’un de doux, de plutôt romantique et en fait j’ai découvert qu’il était capable de jouer cette fragilité , ce côté enfantin.

Et comment s’est passé la rencontre avec ce partenaire de jeu ?

Laëtitia Clément : Avec Rod, on a accroché directement, on s’est très bien entendu. Et c’est même devenu un ami. Il y a des gens qu’on rencontre et qu’on a l’impression d’avoir toujours connu ! Après, il a son caractère, j’ai mon caractère et parfois, avec le stress, c’était un peu explosif mais cela n’arrive que quand on aime les gens ! On a été très complices et cela se voit à l’écran.

Et cette univers, la périphérie de Montpellier, les champs environnants vous était familier à toutes les deux ?

Elsa Diringer : Pour moi, oui. J’ai grandi à Montpellier entre 8 et 18 ans donc j’avais en tête ces images, ces accents, ces jeunes qui trainaient en mobylette en bas de chez moi. J’aimais beaucoup cette campagne autour de Montepllier et j’avais très envie de tourner là. Je ne voulais pas filmer le Montpellier de carte postale, je n’ai jamais cherché les beaux endroits, on tournait plutôt près du Leclerc de Saint-Jean-de-Védas ! J’adore le cinéma anglais parce qu’on va à Manchester, dans des bleds avec des accents. J’ai adoré Party Girl qui se passe en Lorraine. J’aime le cinéma local ! Je n’aime pas les films qui pourraient être tournées n’importe où !

Laëtitia Clément : Moi je suis de Nîmes et Montpellier et Nîmes, c’est un peu la même chose. Le sud, les scooters et la fête. Et je vis à la campagne donc j’étais à ma place.