En Guerre de Stéphane Brizé – Compétition officielle

Fils de lutte

Tout ceux qui ont pu être choqués lors de l’épisode de l’arrachage de chemises de certains cols blancs d’Air France pendant la grève d’octobre 2015 devraient absolument voir En Guerre de la même façon que tout ceux qui ont remis en cause dans les années 90 la légitimité du combat d’Act Up avaient tout à gagner à réviser leur jugement à la vision de 120 battements par minute. Comme Campillo l’an dernier, Brizé s’intéresse aux coulisses d’une lutte, au plus près, dans une volonté d’immersion radicale.

En Guerre est un film immersif donc qui donne à voir et à comprendre les mécanismes de la lutte sociale en mettant le spectateur au cœur des débats, des combats, des renoncements, des préparatifs et des réunions avec les dirigeants de l’entreprise et l’Etat. Cette entreprise, c’est l’usine Perrin, filiale industrielle d’un groupe allemand en plein plan de licenciement qui fait fi, bien évidemment, des bénéfices du groupe, des accords signés entre la direction et les syndicats et de tout ce que devrait induire l’appellation officielle et plus que faux-cul de “plan social”. Le combat est porté, incarné par Laurent Amédéo (Vincent Lindon), figure charismatique qui ne sera pas épargné pas les remises en cause en interne. Car un combat tel que celui-ci fait émerger les rancœurs, les égos, les besoins urgents d’argent et les tentations de couper la poire en deux pour s’en sortir avec le chèque le plus conséquent possible.

Si on peut avoir des réserves sur l’omniprésence de faux extraits médiatiques, sur l’utilité des très brèves incursions dans la vie privée d’Amédéo et d’une fin grand guignolesque, Brizé ose un film coup de poing au style intransigeant, à l’énergie folle et qui ouvre le débat. Caméra embarquée, politique du quotidien, malgré ses imperfections, En Guerre est nécessaire.

Réalisé par Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, …Durée : 1h53. En salles le 16 mai. FRANCE