Guy d’Alex Lutz

 Jamet plus Jamet

D’abord, le choc. Celui de la métamorphose. Si le grand public connaît le talent de transformiste d’Alex Lutz grâce au personnage de Catherine qu’il joue pour la télévision (Catherine et Liliane), c’est un autre masque qu’il arbore dans son deuxième long-métrage, Guy. Voilà l’acteur sous les traits d’un vieil homme aux cheveux blancs (maquillage plus vrai que nature). Un vieil homme cerné par la caméra d’un jeune journaliste nommé Gauthier (Tom Dingler, complice de longue date d’Alex Lutz) dont les intentions sont elles aussi déguisées. Gauthier fait en effet croire à Guy Jamet, ancienne gloire de la variété française, qu’il souhaite tourner un documentaire sur lui à l’occasion de la sortie d’un disque de reprises de ses standards. En réalité, Gauthier est le fils illégitime de ce chanteur qui vit de ses (beaux) restes, et sa caméra au poing (distance de sécurité), regarde cet étranger qui lui apparait alors de plus en plus familier. Touchant film que Guy, portrait façon puzzle d’un papa chanteur à travers les yeux d’un fils qui le découvre sur le tard. Un grincheux, un égoïste, un arrogant, mais sous le vernis, un type follement attachant, toujours capable de tenir la scène avec ardeur. Car la seule chose à laquelle Guy a su rester fidèle, c’est la chanson. Autour de ce personnage magistralement interprété par Alex Lutz, son entourage (presque exclusivement féminin) : Sophie, sa femme (Pascale Arbillot), sa manager, Stéphane (Nicole Calfan), et celle avec laquelle il a fait son plus beau duo, Anne-Marie (Élodie Bouchez dans les sixties/Dany aujourd’hui). Toutes sont renversantes et chacune révèle un profil un peu plus tendre de ce Guy qui aime les rendre chèvres mais qui ne peut vivre sans elles. Elles sont ses souvenirs et ses emmerdes, elles sont son présent et son avenir. Petit à petit, la mélancolie gagne cette comédie en forme de journal intime, et c’est précisément à cet endroit que nous sommes cueillis, ébranlés par ces personnages à la grande vie qui, malgré le temps qui passe, trottinent toujours après la reconnaissance et l’affection. Le film commence et ne nous lâche plus, son écriture habile nous porte de surprise en surprise tandis que la mise en scène, sans esbroufe mais pleine de trouvailles, dépasse le simple exercice de style. Tout le talent d’Alex Lutz en 1H41 et un répertoire original. Bluffant.

Réalisé par Alex Lutz. Avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, … Durée : 1H41. En salles le 29 août 2018.

Guy était présenté en clôture de la Semaine de la Critique 2018.