Her Job de Nikos Labot

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L’apprentie

Athènes, de nos jours. Panayiota et sa famille font face à la crise comme tant d’autres. Inquiète pour l’avenir des siens, la mère au foyer décide d’accepter un petit boulot de femme de ménage dans un centre commercial. Une décision courageuse qui, s’il la sait nécessaire, déplaît à Kostas, son mari, sentant soudain valser sa position de pilier du foyer. Ce qui est inédit ici, c’est que Panayiota ne sait non seulement ni lire ni écrire, mais qu’elle n’a jamais non plus eu d’emploi auparavant, en dehors des travaux domestiques et quotidiens pour lesquels elle n’est évidemment pas rémunérée. C’est tout un nouveau monde qu’elle découvre alors et qui déploie ses possibles. Un nouveau monde qui l’enchante malgré les tensions qui règnent eu sein de l’entreprise qui l’emploie et la rudesse des tâches auxquelles Panayiota doit se plier pour un (très) mince salaire. Ce travail, aussi discutables les conditions soient-elles, lui redonne le sourire, l’énergie et la confiance qu’elle avait perdus. Présenté à Toronto, primé au Festival de Cinéma Méditerranéen de Bruxelles et lors de la cérémonie des Hellenic Film Academy Awards, le premier long métrage de Nikos Labot nous plonge dans le quotidien de cette femme insubmersible qui trouve un peu de joie là où d’autres ne voient que douleur, misère et soumission. En adoptant le point de vue de l’héroïne, le film prend un autre tournant. La critique d’une société à l’économie malade, celle des méthodes abusives dont usent certaines entreprises à qui profite la crise et, évidemment, de la violence et de la persistance des schémas patriarcaux sont bel et bien au programme, mais en filigrane. Car ce qui intéresse avant tout le réalisateur, c’est son héroïne – interprétée avec maestria par Marisha Triantafyllidou -, son approche sensible et physique des événements plus que son approche intellectuelle – la caméra, mobile, accompagne le personnage à chaque instant, fascinée par cette femme et le chemin vers l’émancipation qu’elle choisit de prendre. Her Job se distingue par sa finesse de regard et de traitement. La mise en scène déconstruit petit à petit l’écrin naturaliste dans lequel elle installe d’abord le film pour mieux nous emmener ailleurs, tout comme elle décrasse volontiers les clichés. Quant à sa lumière si particulière, ce premier long métrage la doit à Marisha Triantafyllidou (Eden à l’Ouest, Xenia), une comédienne qu’on aimerait définitivement voir briller plus souvent au cinéma.

Réalisé par Nikos Labot. Avec Marisha Triantafyllidou, Dimitris Imellos, Konstantinos Gogoulos… Durée : 1H30. En salles le 1er mai 2019. GRÈCE – FRANCE – SERBIE.