I Feel good de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Les gueules de l’emploi

Une succession de plans fixes. Des vêtements. Des objets métalliques. Tout ce qui se récupère, donc presque tout. Celles et ceux dont le travail est de trier, de réparer, de redonner une valeur marchande à ces objets négligés, jetés, s’affairent sous la houlette de Monique (Yolande Moreau) dirigeante conciliante de cette petite communauté Emmaüs près de Pau. Après des années d’absence, elle voit débarquer son petit frère, Jacques (Jean Dujardin), dans un improbable peignoir d’hôtel, bien décidé à creuser son obsession : devenir un grand patron, avoir la grande idée qui lui permettra de devenir riche. Et cette idée, il en a eu la révélation auprès d’un ami d’enfance devenu petit patron avec “trophy wife” et piscine assorties. Recourir à la chirurgie low-cost pour permettre au commun des mortels, et donc aux membres de cette communauté Emmaüs que dirige sa sœur, de réaliser leurs rêves de gloire. Mais l’ambitieux mégalomane un peu déphasé ne s’avère pas complètement mytho puisqu’il va parvenir à lancer son petit business par un voyage de groupe épique vers la Roumanie et l’une de ses fameuses cliniques de chirurgie esthétique aux tarifs défiants toute concurrence et aux résultats incertains. A l’arrivée surprenante de Jean Dujardin dans l’univers du trio Delépine-Kervern-Moreau, on pourrait croire à la rencontre de deux mondes irréconciliables, ce sont en réalité deux visions du monde qui vont non pas s’opposer mais dialoguer. Et, sous couvert d’un humour féroce et d’un personnage central qui vogue entre conviction buttée et puérilité touchante, c’est l’étendue des possibles qui s’ouvre alors, ces rêves que chacun des volontaires a enfoui profondément et dont l’évocation suffit presque à donner à sa vie un nouveau souffle. Mais c’est le fameux plafond de verre social sur lesquels se sont déjà brisés les espoirs qui sonnera le glas de l’aventure, bien déguisé en pare-brise .

Conçu comme un hommage loufoque et néanmoins signifiant à la figure de l’Abbé Pierre et aux communautés qu’il a créées, le film se perd parfois, comme on fait une escale imprévue sur une route toute tracée, mais pour toujours retomber sur ses pieds. Des pieds bien ancrés dans le sol d’une réalité sociale asséchée par le manque d’espoir, de valeurs et d’humanité.

Un film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Yolande Moreau, Jean Dujardin, Jo Dahan, Lou Castel, Jana Bittnerova, … Durée : 1h43 – En salles le 26 septembre 2018 – FRANCE

Photos : Ad Vitam