Il était une seconde fois, mini-série de Guillaume Nicloux

Mélancolie au carré

Freya Mavor (Louise) et Gaspard Ulliel (Vincent)
Copyright Christophe Offret

En salles en ce moment, un film au titre qui sonne comme celui d’une émission télé à une lettre près (Thalasso), et en télé, une mini-série au titre qui évoque l’univers du conte (Il était une seconde fois); Guillaume Nicloux, inspiré, se décline sur grand et petit écrans en cette rentrée. Pour Arte – qui donne du mou aux séries SF depuis quelques années (Trepalium, Ad Vitam), il compose, avec Nathalie Leuthrau, quatre épisodes de 52 minutes d’une mini-série qui fouille au delà du réel, et embarque Gaspard Ulliel, le héros de ses Confins du monde, dans une aventure où vont se croiser les lignes du temps, du destin et du cœur. A cet exercice au format, codes et figures imposés auquel il se confronte pour la première fois, Nicloux se plie à sa manière, un peu provocatrice, toujours très audacieuse, se servant du motif du voyage dans le temps pour dérégler ce qu’il y a de plus ordinaire. L’histoire est simple. Celle d’un type inconsistant, Vincent, père et employé absents, obnubilé par une fille, Louise, qu’il a aimée, et à qui on livre un jour un colis qui ne lui était pas destiné. Il s’agit d’un cube en bois clair d’apparence banale, à un détail près : il n’a pas de fond. Ce trou noir dans lequel Vincent se précipite le conduit directement à son garage, d’où il venait alors. Tout est pareil, à un détail près là encore : nous sommes six mois plus tôt.

La science-fiction ici est un prétexte qui nourrit une quête romantique, et, avouons-le, l’ambiance est plus mystérieuse que fantastique, si l’on se réfère à l’idée de spectaculaire que le mot peut contenir. Le spectaculaire n’est pas dans les moyens engagés ni dans l’emploi d’effets spéciaux, il est ailleurs, dans la construction des intrigues elles-mêmes et leur enchevêtrement, provoquant un effet spiral alors que le motif initial est cubique. Nicloux et Leuthrau parviennent à donner de l’épaisseur à une romance qui a mal tourné en lui faisant emprunter mille et uns virages, des plus évidents aux plus incongrus. Car si Vincent n’a que Louise dans les yeux, d’autres n’ont pas perdu de vue ce cube sans fond livré à la mauvaise adresse. Et évidemment, ça se corse, des booms et des bangs. Autour de Vincent et Louise, il y a les autres, les amis, les parents, les collègues, les voisins, les passants, et tous intéressent Nicloux et Leuthrau qui font ici valser les visages à l’écran comme ils valseraient dans un rêve ou un cauchemar, avec une familiarité étrange.

La stimulation du suspense est constante, l’émotion est sourde mais vive, la photo, glacée, et le découpage, futé, rendent l’objet élégant et singulier. Frissons et émotions sont au rendez-vous. Quant aux acteurs et actrices, des premiers aux seconds rôles, ils sont épatants. Gaspard Ulliel, les épaules basses, la mine lasse, se glisse à la perfection dans la peau de cet amoureux en chute libre, et Freya Mavor, révélée par la série britannique Skins en 2010, s’empare avec talent d’un personnage en pointillé, peu aimable, fuyant. Comme Orphée cherche Eurydice, Vincent s’entête à rattraper Louise en revoyant la copie des événements à chaque saut dans le temps. “Donc tu connais pas la fin ?” dit la jeune femme à Vincent dans le premier épisode, réplique limpide qui signale la lutte du héros contre l’inéluctable. Une bataille noble mais vaine que les mots “à suivre” – qui concluent chaque épisode au titre de chansons d’amour (Ne me quitte pas, Reviens, Ti Amo, L’Hymne à l’amour) – relancent pourtant sans relâche.

Il était une seconde fois, écrit par Guillaume Nicloux et Nathalie Leuthrau. Réalisé par Guillaume Nicloux. Avec Gaspard Ulliel, Freya Mavor, Jonathan Couzinié, Steve Tran, Claire Sermonne … 4×52 minutes. En replay sur Arte +7 jusqu’au 28 septembre 2019. FRANCE.