Interview de Josh Hartnett pour Oh Lucy!

Josh Hartnett : « À chaque fois que je suis à Cannes,  j’ai l’impression de vivre un conte de fées des années 60 ».

Josh Hartnett aime les voyages. Passer du cinéma grand public à la Pearl Harbor de Michael Bay aux films plus indépendants ou encore aux séries télé comme Penny Dreadful. Le comédien est à Cannes pour présenter Oh Lucy !, premier film de Atsuko Hirayanagi qui navigue entre Tokyo et L.A, présenté à La Semaine de la Critique. Il y campe un prof d’anglais à la pédagogie un peu particulière qui séduit malgré lui une de ses élèves japonaises. Entretien entre trois continents.

Le film est à la fois une comédie et un drame, l’histoire se déroule également dans deux pays différents, le Japon et les Etats-Unis. Est-ce que c’est ce qui vous a attiré dans Oh Lucy ! ?

Ce qui m’a surtout attiré c’est Atsuko et son court métrage qui a inspiré ce long métrage. Le scénario et le simple fait de m’asseoir et de discuter avec Atsuko ont suffi à me convaincre. Je ne m’attendais pas à faire un film comme celui-là, personne d’ailleurs ! C’est un film inhabituel mais quand j’en ai parlé avec Atsuko j’ai tout de suite senti que c’était une réalisatrice très talentueuse. Elle est « hyper intelligente » dans ce qu’elle fait. Elle a aussi le don de transmettre ses idées de manière très douce sans pour autant les amputer de leur fermeté, leur caractère. On ne touche pas à ses concepts. Je me suis dit : « Voilà quelqu’un avec qui je veux travailler. » J’ai tout de suite su que je voulais soutenir Atsuko deviendra très vite une grande réalisatrice j’en suis sûr. Elle fait des films fantastiques, j’étais très heureux de faire partie de cette aventure.

 
Un chouette aventure, et un premier film aussi !

Oui ! Je suis très fier d’y participer ! Cette expérience m’a rappelé le premier long-métrage de quelqu’un d’autre : Sofia Coppola. J’étais aussi dans son premier film, Virgin Suicides. Les deux ont une certaine assurance dans ce qu’elles engagent… D’ailleurs, les deux sont aussi scénaristes de leurs films. Il y avait une certaine similarité.

C’était votre première fois au Japon ?

J’y étais déjà allé pour la promotion d’autres films mais je ne restais que quelques jours. C’est la première fois que je reste plus d’une semaine.

Comment avez-vous abordé ce tournage ?

C’était fantastique ! Je n’ai eu que quelques jours de tournage, car comme vous avez pu le voir dans le film, je ne suis que dans quelques rares scènes au Japon. Je suis toutefois resté près de deux semaines là-bas avec ma copine et ma fille, qui a fait ses premiers pas à Tokyo ! On a vraiment passé de bons moments là-bas. J’ai toujours eu ce sentiment que Tokyo était une métropole comme New York ou Londres mais sous stéroïdes ! C’est une ville pas comme les autres, presque une vision exagérée de la métropole.

Revenons-en un peu à l’Europe. Vous êtes à Cannes, quels sont vos plus beaux souvenirs du festival ?

La première fois que je suis venu ici c’était pour Virgin Suicides en 1999. Je suis revenu deux ans plus tard pour O (Othello 2003 de Tim Blake Nelson, Ndlr). Je suis ensuite revenu quelques fois  mais plus pour de la promo. Cannes est vraiment le festival le plus iconique. À chaque fois que je suis là, j’ai l’impression de vivre un conte de fées des années 60. En plus, ce n’est pas vraiment silencieux comme lieu travail, ne serait-ce que sur cette plage ! J’adore cette sensation que l’on a de participer à quelque chose d’historique.

Avez-vous un intérêt particulier pour les films français ?

Bien sûr ! J’ai grandi avec la Nouvelle Vague française. Plus jeune, je travaillais dans un vidéo club, c’est la partie tarantinienne de ma vie. Dès que j’ai commencé à travailler là-bas, j’ai voulu comme lui être réalisateur et je regardais tout ce qui me passait sous la main. Bien sûr, parmi ces films, on retrouvait Truffaut, Louis Malle, il y a eu beaucoup de films des années 60 qui me passionnaient. J’ai vu tout ça !

Vous avez travaillé avec Eva Green qui est une actrice française, avez-vous parlé de cinéma français ? Vous savez que sa mère est une vraie star en France ?

Je sais ! J’ai rencontré sa mère, elle est venue sur le plateau le deuxième jour du tournage. On n’a pas beaucoup parlé de cinéma en dehors du tournage. On parlait beaucoup sur le plateau mais principalement de ce que l’on tournait malheureusement. Il va falloir que je prélève la partie « Cinéma Français » de son cerveau la prochaine fois que je la vois !

Vous êtes seulement là pour deux jours, est-ce que vous avez pu voir des films ? Vous avez eu des retours de films que vous vouliez voir ?

Je suis assez curieux à propos de The Square. Je suis trop occupé pour voir des films… Il y a aussi The Beguiled que je voulais voir.

Vous pensez que Oh Lucy ! aura droit à une sortie conséquente aux États-Unis ?

Ça dépend ce que vous entendez par « sortie conséquente ». J’espère qu’il sortira en salles et que les gens auront l’occasion d’aller le voir au cinéma. De nos jours, c’est déjà une sortie conséquente pour un film indépendant aux États-Unis. On croise les doigts !

Est-ce que c’est plus fort pour vous de faire un film indépendant plutôt qu’une grosse production hollywoodienne ?

C’est complètement différent. Avec un gros film hollywoodien, on sait qu’il va sortir, qu’il va y avoir des projections tests. Ce film est tellement personnel pour Atsuko, il a quelque chose que peu de films ont. C’est la raison pour laquelle je fais des films, le plus stimulant étant d’avoir l’opportunité de travailler avec de jeunes réalisateurs. C’est risqué de faire un film parce qu’on ne sait pas ce que ça va donner à la fin mais quand on rencontre quelqu’un comme Atsuko et qu’on se rend compte du potentiel qu’elle a, on ne peut qu’espérer qu’elle fasse le film qu’elle a envie de faire et de voir le résultat de son travail. C’est très satisfaisant.

Votre présence dans le film est une aide précieuse, non ? 

Ça a pu aider un peu mais je suis juste heureux d’y avoir participé honnêtement ! Je suis fier quelque part de cette aide parce que c’est un film qui mérite d’être vu. Son travail en général, ce film ou peut-être le prochain, son travail sera vu (et reconnu). C’est une réalisatrice si singulière.

Vous avez une certaine expérience des réalisateurs étrangers …

Oui ! J’ai travaillé avec Tran Anh Hung sur Je viens avec la pluie. Puis l’année dernière j’ai aussi travaillé avec le réalisateur polonais Lech Majewski. J’ai travaillé avec beaucoup de réalisateurs étrangers. Quelques réalisateurs anglais aussi…

Si on peut faire passer un message à un réalisateur français, avec qui aimeriez-vous travailler ?

Je pense Jacques Audiard qui a réalisé Un Prophète. Ce que j’aime en ce moment, c’est que l’on vit une certaine démocratisation des films et j’ai l’impression que tout le monde peut réaliser son petit film. Il ne sera peut-être pas vu mais il me semble que les Européens ont un intérêt tout particulier pour les petits films, ils sortent en salles, on célèbre cette culture là ! Donc qui sait s’ils voudraient travailler avec quelqu’un qui vient des États-Unis ? Ceci dit, ça serait drôle si on m’appelait !

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira