Interview de Josh Hartnett pour Oh Lucy!

« Ce premier long métrage est tellement précieux pour Atsuko, il a quelque chose que peu de films ont, une authenticité, une sincérité émouvante »

Josh Hartnett aime les voyages, passer du cinéma grand public à gros budget (Pearl Harbor de Michael Bay) aux films plus indépendants jusqu’au petit écran et ses séries comme Penny Dreadful. Le comédien est à Cannes, à la Semaine de la Critique précisément, pour présenter Oh Lucy !, premier film de Atsuko Hirayanagi qui navigue entre Tokyo et L.A. Il y campe un prof d’anglais à la pédagogie un peu particulière qui séduit malgré lui une de ses élèves japonaises. Entretien entre trois continents.

Le film est à la fois une comédie et un drame, l’histoire se déroule également dans deux pays différents, le Japon et les États-Unis. Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans cette fiction aussi tendre qu’originale ?

Ce qui m’a surtout séduit c’est le talent d’Atsuko, le court métrage qui a inspiré ce long métrage précisément. Le scénario et le simple fait de m’asseoir et de discuter avec Atsuko ont suffi à me convaincre. Je ne m’attendais pas à faire un film comme celui-là, personne d’ailleurs ne s’y attendait (rires) ! C’est un film inhabituel mais, quand j’en ai parlé avec Atsuko, j’ai tout de suite senti le potentiel artistique et humain de ce projet et j’avais envie de travailler avec elle. Son approche des choses et des personnages est fine. Elle a aussi le don de transmettre ses idées de manière très douce sans pour autant les amputer de leur fermeté, de leur caractère. Atsuko fait des films fantastiques. J’étais très heureux de faire partie de l’aventure Oh Lucy !.

Un chouette aventure donc, et un premier film aussi !

Absolument ! C’est une fierté. Cette expérience m’a rappelé le premier long-métrage d’une autre réalisatrice dont j’ai connu les débuts : Sofia Coppola. Je jouais dans son premier film, Virgin Suicides (sorti en 2000, Ndlr). Sofia et Atsuko ont plus d’un point commun, comme cette assurance dans le travail qu’elles engagent et qu’elles savent rendre communicative. Elles signent aussi l’une et l’autre le scénario des films qu’elles tournent. Ces deux femmes m’inspirent beaucoup et me fascinent.

C’était votre première fois au Japon ?

J’y étais déjà allé pour la promotion d’autres films mais je ne restais jamais plus de quelques jours, voire quelques heures. Même si j’ai peu de scènes au Japon, tourner à Tokyo a été une expérience fantastique. J’y suis resté près de deux semaines avec ma copine et ma fille, qui a d’ailleurs fait ses premiers pas à Tokyo. On a vraiment passé de bons moments là-bas. J’ai toujours eu le sentiment que Tokyo était une métropole comme New York ou Londres mais sous stéroïdes ! Ce n’est pas une ville comme les autres. C’est presque une vision “amplifiée” de la métropole si je puis dire.

Revenons-en un peu à l’Europe. Vous êtes à Cannes, quels sont vos plus beaux souvenirs du festival ?

La première fois que je suis venu à Cannes c’était pour Virgin Suicides en 1999. Je suis revenu deux ans plus tard pour défendre O (Othello 2003 de Tim Blake Nelson, Ndlr), puis quelques autres fois  encore, mais c’était davantage pour de la promo. Cannes est vraiment le festival le plus iconique que je connaisse. À chaque fois que je suis là, j’ai l’impression de vivre un conte de fées des années 60. On est en immersion dans ce décor, c’est grisant, pas vraiment silencieux comme lieu travail, à l’image de cette plage sur laquelle on se retrouve pour cette interview ! C’est vivant, un peu fou. Un monde à part où s’écrit une partie de l’histoire du cinéma.

Avez-vous un intérêt particulier pour les films français ?

Bien sûr ! J’ai grandi avec la Nouvelle Vague française. Plus jeune, je travaillais dans un vidéo club, c’est la partie tarantinienne de ma vie. Dès que j’ai commencé à travailler là-bas, j’ai voulu comme lui être réalisateur et je regardais tout ce qui me passait sous la main. Parmi ces films, il y avait du Truffaut, du Louis Malle, beaucoup de films des années 60. Ils me passionnaient, me faisaient vibrer. Le cinéma français est très cher à mes yeux.

Le cinéma français est très cher à mes yeux.

Vous avez travaillé avec Eva Green qui est une actrice française. Avez-vous déjà parlé de cinéma français ? Saviez-vous que sa mère est une vraie star en France ?

Je le sais ! J’ai même rencontré Marlène Jobert une fois. Elle était venue sur le plateau de Penny Dreadful, le deuxième jour du tournage, pour encourager sa fille. On n’a pas beaucoup parlé de cinéma en dehors du tournage avec Eva Green malheureusement. Il va falloir que je sonde la partie « Cinéma Français » de son cerveau la prochaine fois que je la vois !

Vous êtes seulement là pour deux jours, est-ce que vous avez pu voir des films ? Ou avez-vous eu des échos des films que vous vouliez voir ?

Je suis assez curieux à propos de The Square et des Proies bien sûr. Mais, ici, je suis malheureusement trop occupé pour voir des films… Quand on en présente un, c’est toujours plus compliqué.

Vous pensez que Oh Lucy ! aura droit à une sortie conséquente aux États-Unis ?

Ça dépend ce que vous entendez par « sortie conséquente ». J’espère qu’il sortira en salles et que les gens auront l’occasion d’aller le voir au cinéma. Un gros film hollywoodien, on sait qu’il va sortir, qu’il va y avoir des projections tests, de la presse, des soutiens, etc. Ce premier long métrage est tellement précieux pour Atsuko, il a quelque chose que peu de films ont, une authenticité, une sincérité émouvante. C’est la raison pour laquelle je fais des films, le plus stimulant étant d’avoir l’opportunité de travailler avec de jeunes réalisateurs. C’est risqué de faire un film parce qu’on ne sait pas ce que ça va donner à la fin mais quand on rencontre quelqu’un comme Atsuko et qu’on se rend compte du potentiel qu’elle a, on ne peut qu’espérer qu’elle fasse le film qu’elle a envie de faire et de voir le résultat.

Votre présence dans le film est une aide précieuse, non ? 

Ça a pu aider un peu, mais je suis tout simplement heureux d’y avoir participé, honnêtement. Je suis fier quelque part de cette aide parce que c’est un film qui mérite d’être vu, le travail d’Atsuko en général d’ailleurs. C’est une réalisatrice si singulière. Elle mérite tous les honneurs.

Vous avez une certaine expérience des réalisateurs étrangers …

En effet ! J’ai travaillé avec Tran Anh Hung sur Je viens avec la pluie et, en 2016, avec le réalisateur polonais Lech Majewski. On compte aussi quelques réalisateurs anglais dans ma filmographie…

Si on peut faire passer un message à un réalisateur français, avec qui aimeriez-vous travailler ?

Je pense à Jacques Audiard, qui a réalisé Un Prophète. Qui sait s’il voudrait travailler avec un acteur américain…  Ça serait génial s’il m’appelait !

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira