Jalouse de David et Stéphane Foenkinos

Femme au bord de la crise de nerfs

Réjouissons-nous. Depuis quelques temps les femmes de quarante et cinquante ans ne sont plus reléguées au second plan. Sur grand écran – Victoria de Justine Triet, 45 ans d’ Andrew Haigh, Aurore de Blandine Lenoir, ou plus récemment Un beau soleil intérieur de Claire Denis -, elles respirent, elles inspirent et vibrent. David et Stéphane Foenkinos prolongent le mouvement, mettant en scène dans Jalouse une mère divorcée, et presque quinquagénaire, en proie à diverses crises. Ce sont les hormones de Nathalie qui fichent le bazar dans sa vie quotidienne et lui font perdre le contrôle de ses actions et émotions. Jalousie, vacheries, mensonges, et même tentative d’assassinat. A travers le portrait de cette femme bien sous tous rapports, les frères Foenkinos grattent  le vernis et s’intéressent à l’accumulation des petites saletés qui encrassent les relations, celles qu’on met sous le tapis avant de se faire prendre. La délicatesse – titre du premier film du duo – n’est plus de mise. Mais, si la comédie est acide, le drame n’est jamais loin. Il infuse partout, jamais trop timide.

3 bonnes raisons d’aller voir Jalouse, en salles le 8 novembre 2017.

  • Un rôle sur mesure pour Karin Viard

Ce n’est pas d’un personnage facile dont s’empare la comédienne. Karin Viard – toujours précise dans le choix de ses rôles – se métamorphose  ici en célibataire borderline, aussi cruelle que pathétique. Dans un premier temps, ce sont les talents comiques de Viard qui sautent aux yeux. Chez elle, tout est en mouvement, tout est vivant. Le rire, elle le provoque par sa gestuelle, ses mimiques, son phrasé, sa maladresse. Nathalie est une nature, comme on en croise dans la vraie vie. Puis, derrière son séduisant sourire et les yeux ronds qu’elle fait pour amadouer ses proches, se cachent certaines blessures sur lesquelles le quotidien appuie. Dans Jalouse, Viard est tout en nuances, vectrice d’émotions parfois contradictoires. Un personnage complexe, qui à mesure du film, ressemble de plus en plus à la Jasmine de Blue Jasmine (Woody Allen). Une bourgeoise (prof de lettres) gâtée par la dépression.

  • Une comédie qui parle ménopause (sans la nommer)

C’est suffisamment rare dans une comédie française pour être souligné. Suffisamment habile aussi de ne pas tomber dans le piège des clichés tendus par le sujet. C’est avec toute la délicatesse qui les caractérise que les frères Foenkinos abordent la question, sans jamais plomber les situations d’une sur-psychologisation agaçante. Ce bouleversement hormonal que traverse Nathalie est un des facteurs déclencheur de ses névroses et pathologies, et c’est autour du sentiment de jalousie que les deux auteurs vont alors tisser leur toile. Chaque péripétie a sa valeur. Chaque péripétie a son impact. Écriture remarquable, mise en scène simple et sobre qui laisse à ses personnages et acteurs la place d’exister, et bande-originale moderne et bien trouvée.

  • Un casting délicieux

Si Viard bouffe l’écran, ses partenaires ne sont pas en reste. Le casting de ce film est royal. Anne Dorval, qui joue la meilleure amie de Nathalie, est délicieuse de stoïcisme, Anaïs Demoustier, dans le rôle de la jeune professeure zélée que Nathalie voit comme une rivale, est surprenante, drôle et touchante. Mais le titre de meilleur espoir féminin revient à la jeune et jolie Dara Tombroff. Elle est la fille de Nathalie, cible numéro 1 de ses attaques, un futur petit rat de l’opéra maqué à un prince plus que charmant (Corentin Fila). Un rôle qu’embrasse Dara Tombroff à la perfection, danseuse de profession qui, pour la première fois, joue la comédie. C’est une révélation.