Jeune bergère de Delphine Détrie

Le défi pastoral de Stéphanie

La “Jeune bergère” partage sa passion avec les scolaires en visite @ LUX FOR FILM

A la différence des reportages pour la télévision formatés (au mieux) selon la règle des 52 minutes maximum, le documentaire de 90 minutes (et plus) pour le cinéma permet à son sujet de s’installer et au spectateur de s’immerger. C’était le bon choix pour Delphine Détrie qui avait rencontré Stéphanie Maubé pour un sujet télé et, depuis, tissé des liens avec cette jeune parisienne qui travaillait dans le graphisme et la “prod” avant de changer de vie pour devenir exploitante agricole. Au cœur de son troupeau de moutons, dans les terres de prés salés en Normandie, Stéphanie préfère se présenter comme bergère. Cela met un peu de poésie dans une univers qui se révèle beaucoup plus dur qu’elle ne le pensait.

Le film est particulièrement soigné visuellement, profitant au mieux des vastes étendues des prés salés normands, ces endroits venteux où terres et mer se mélangent, se recouvrent, se découvrent. Pas vraiment le temps de la contemplation pour Stéphanie qui doit prouver pour sa cinquième année d’exploitation que son entreprise est viable, se battre contre les réticences et actes de malveillance de voisins peu accueillants, et faire avec des gendarmes aquoibonistes. Mais Stéphanie a une force incroyable. Cette “jeune bergère” coquette qui élève seul son petit garçon (le père n’a pas supporté l’exode et a repris sa vie parisienne) trouve tous les moyens de remplir les caisses tout en restant fidèle à sa passion et à sa volonté de partage : accueil de touristes, de centres sociaux, de scolaires, culture de salicornes, … Grâce aux questions des enfants à la bergère, on découvre les notions de prés partagés, la façon dont ce sont les moutons qui reconnaissent leur bergère et non l’inverse. C’est doux, intelligent et passionnant. Et quand, dans une séquence finale à suspense, on tremble à l’idée de savoir si le troupeau va parvenir à traverser le bras d’eau plus profond que d’habitude à cause d’une crue, on se dit que le pari du film est définitivement gagné.

Réalisé par Delphine Détrie. Avec Stéphanie Maubé. Durée : 1h31. En salles le 27 février 2019. FRANCE