Kate Moran (Un couteau dans le cœur) : “Ce qui m’inspire quand je travaille avec Yann, c’est Yann”

A l’occasion de la sortie le 27 juin du deuxième long métrage de Yann Gonzalez, Un couteau dans le cœur, nous avons rencontré les principaux acteurs de cette histoire de chair et de sang. Elle était Ali dans Les Rencontres d’après minuit, elle est désormais Loïs. Kate Moran forever aux côtés de Yann Gonzalez.

Votre personnage en quelques mots ?

Je pense que Loïs est … indissociable de l’amour, de ce couple qu’elle forme avec Anne (jouée par Vanessa Paradis NDLR). Elle n’est pas juste l’être aimé, elle est aussi profondément habitée, perturbée par son propre amour pour l’autre. Elle met beaucoup de passion dans son travail aussi, elle aime faire les choses bien, même s’il s’agit de films porno roots et sans moyen. Je pense que c’est vraiment un personnage qui est pris au piège de sa relation avec Anne. Elle sait que si elle reste, Anne et son amour peuvent la tuer, et si elle part, elle pourrait mourir de chagrin. C’est une romance extrême qui ressemble à celle qu’ont connue certains couples iconiques et romantiques, comme Roméo et Juliette.

Vous avez pensé à certaines figures classiques ou iconiques en particulier pour construire votre personnage ?

En réalité non. Je sais que le cinéma de Yann est habité par plusieurs influences parce qu’il est très cinéphile. Mais ce qui m’inspire quand je travaille avec Yann, c’est surtout Yann en réalité. Il met tout un monde en place, un monde qui vient de lui et avec lequel on entre en fusion. On avait déjà travaillé ensemble et j’ai compris que ses personnages ont tous quelque chose à voir avec son imagerie mentale à lui. Et je me laisse alors gagner par la projection du personnage sur moi.

Comment décririez-vous Yann Gonzalez sur le plateau ?

Yann est quelqu’un de très touchant, toujours à l’écoute de son plateau, de son histoire, de son équipe. Il a sa manière de faire avec chaque acteur parce que nous avons tous nos spécificités, particularités, des attentes ou besoins différents. On a un rapport télépathique sur le plateau avec Yann. On communique peu. Mais on a notre langage, comme les enfants. Ça marche et je ne saurais pas expliquer ni comment ni pourquoi véritablement.

Est-ce que vous avez noté une évolution dans sa manière de travailler, vous qui étiez dans son premier long métrage ?

Oui. Il y a toujours une évolution, quelques chose qui reste très sincère. Je ne sais pas comment il réussit si bien à incarner son imaginaire, mais j’y suis très sensible. Toutes ces créatures qui émergent, comme un espoir. J’ai vu une évolution vis-à-vis de la conduite de son plateau. Il est plus sûr de lui. On était des bébés quand on a commencé ! Là, ça se ressent dans sa direction d’acteur, il est devenu un grand maestro.

Si le film avait été une comédie musicale ou un opéra… 

Olala c’est la question piège ! Je ne sais pas… Là tout de suite je pense au Lacrimoso de Mozart, allez savoir pourquoi… Dans le film, il y a de la violence mais aussi quelque chose de très doux et très lumineux je trouve… Mais Mozart est le premier à m’être passé par la tête, alors voilà.

Vanessa Paradis est votre partenaire particulière dans le film. Comment s’est passée votre collaboration ?

Il y a eu une chimie entre nous tous, immédiatement, et elle a grandi avec le temps. Sur le plateau, c’est toujours bien quand tu sens une amitié naturelle et pas une amitié feinte le temps d’un tournage. Vanessa est entière et sincère, très talentueuse, très drôle. Yann est vraiment très doué pour réunir les gens, il sait créer des alchimies, des étincelles, des complicités. Vanessa est très inspirante et c’est toujours génial d’avoir la chance de travailler avec les grands ! On cherche toujours les sommets quand on joue.

Dans le film, il y a des films qui se font. Quels sont les autres films – qui mettent en scène le processus de création, qui filent les mises en abime – qui vous tiennent à cœur ?

Je pense tout de suite à Opening Night de Cassavetes. Je peux le voir et le revoir. C’est vraiment tout ce qu’on peut rêver de faire quand on est une actrice.

Presque tous les personnages du film sont queer. Est-ce qu’il y a pour vous des auteurs, des films queer qui ont une importance signifiante dans votre parcours d’actrice ? 

Je crois qu’ici, autour de cette table, nous aimons tous le travail de Bertrand Mandico ! Ce que j’aime dans les films de Bertrand comme dans ceux de Yann c’est que le hors-norme devient la norme. Les gens bizarres sont rarement les personnages centraux, les sentencieux, les moralisateurs ont tendance à en faire des sinistres. Ici, ils reprennent le centre.  J’aime bien l’inversion du cercle. Que le périphérique devienne le centre.

Y a-t-il une anecdote de tournage particulière que vous aimeriez-nous raconter ?

Oui, j’ai une anecdote ! X (nom de l’acteur non dévoilé pour éviter le spoil NDLR) qui joue le tueur est resté cagoulé durant tout le tournage ! On ne savait donc pas qui était le tueur, qui se cachait sous le masque, c’était super flippant ! Et aussi vraiment significatif de l’ambiance joyeuse et joueuse dans laquelle s’est déroulé le tournage. Même dans la bible du film, Yann avait pris le soin d’effacer son nom pour semer chez nous le trouble (Rires).

Un titre et pitch imaginaires pour le prochain film de Yann Gonzalez ? 

Je ne sais pas puisque Yann a cette faculté de me surprendre à chaque fois… Qui sait ce qu’il sera capable d’inventer… En tout cas pour ma part, avec un simple pitch, il est capable de me séduire. Quand j’ai reçu, par la poste, la note d’intention du film et les mots qu’il avait écrits à la main, une lettre manuscrite où il disait pourquoi il avait pensé à moi pour le rôle de Loïs, j’étais émue et déjà enthousiaste. Vivement la prochaine fois…

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira.

Photo : Ella Herme