L’Amant double de François Ozon

Dégueulasse

Une femme, des escaliers en colimaçon, un homme, des miroirs et des désirs embastillés, refoulés, bienvenue dans L’Amant double, thriller français présenté en compétition au Festival de Cannes 2017. Après Frantz, François Ozon revient en terres hitchcockiennes et de palmiennes – même famille de films ici qu’Une Nouvelle amie (2014) et Swimming Pool (2003). Le réalisateur poursuit son analyse clinique et critique des désirs et névroses des jeunes et jolies femmes qui, toutes, “mentent pour séduire davantage” (dixit le personnage de Louis, Jérémie Renier). C’est vrai qu’Ozon sait mieux que quiconque la psychologie féminine, et on n’a pas fini d’enfiler les clichés sur un collier de perles (parce que c’est plus chic). L’Amant double, c’est l’histoire (tirée par les cheveux) de Chloé (Marine Vacht) et ses maux de ventre. C’est en analyse qu’elle va mettre le doigt sur ce qui la ronge. Des séances avec Paul d’abord, thérapeute peu loquace qui tombe amoureux d’elle, et son frère jumeau, Louis, ensuite, dont les méthodes sont plus musclées, voire carrément criminelles. Deux frères (incarnés par Jérémie Renier) pour une femme qui se voit double, et une thérapie par le viol (dont dépend l’orgasme) et par le bondage, au secours ! Provoc’ en toc.

Le mauvais goût s’affiche dès la séquence d’ouverture – Ozon nous faisant sortir du vagin de Chloé, alors qu’elle subit un examen gynécologique. Summum du voyeurisme, summum de l’indélicatesse. Ce moment étant rarement une partie de plaisir pour les femmes, c’est donc la duplicité de la douleur qui intéresse Ozon dans L’Amant Double, la douleur qu’on subit et celle qu’on fait subir. Et cette duplicité, il la lie à la thématique de la gémellité, vous voyez le tableau ? Une mauvaise copie de bac blanc de philo. Marine Vacht, pour la deuxième fois chez Ozon, se transforme ici en une Mia Farrow tout droit sortie de Rosemary’s Baby, tandis que Jérémie Renier, joue les Janus, les actifs et les passifs. Et Ozon prend son pied face à ces personnages désincarnés sur lesquels il projette ses fantasmes. Les corps en deviennent l’écran. Alors on sort le gode-ceinture et la vaseline, on se fait faire un cunnilingus en règle (menstruations incluses) et on se soumet. Parce que le sexe n’est qu’une question d’autorité, d’ascendant. Parce que les jolies femmes pour jouir doivent abdiquer. Vision machiste. Vision grotesque. Comme l’impression qu’on se moque bien de nous pendant 1H47. Car tout est parodique dans ce dernier film de François Ozon. Tout sonne comme une farce puérile et stérile aux mécanismes psychologiques primaires. La lourdeur de la mise en scène et des dialogues finit de nous achever. Pompeux au premier degré. “C’est quoi dégueulasse ?” demandait Jean Seberg dans A bout de souffle. Dégueulasse, c’est L’Amant double.

Réalisé par François Ozon. Avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jaqueline Bisset … Durée : 1H47. En salles le 26 mai 2017.