L’Atelier de Laurent Cantet

Le cinéma est un sport de combat

Après des détours cinématographiques aux Etats-Unis (Foxfire) et à Cuba (Retour à Ithaque), le discret Laurent Cantet retourne poser sa caméra sur sa terre de cœur, le Sud de la France. Plus précisément, c’est à La Ciotat, petit cité méditerranéenne anciennement célèbre pour ses chantiers navals, qu’il a décidé de tourner L’Atelier.

Reprenant un grand nombre de ses motifs, ce huitième long métrage s’affirme vite comme le prolongement de l’étude quasi-sociologique de la jeunesse française que le cinéaste a débuté avec Entre les murs. Ici, les calanques et leur chaleur écrasante ont remplacé le collège de ZEP, laissant s’installer progressivement une tension pesante. Les cours de Français de François Bégaudeau ont laissé place à un atelier d’écriture menée par Olivia (Marina Foïs), une écrivaine à succès. Ouvrant le film avec un tour de table, le cinéaste cherche tout de suite à illustrer la distance qui sépare ces jeunes à l’accent du Sud et au langage cru de leur tutrice plongée dans un monde aux antipodes de son univers parisien. Surtout, cette première scène offre à Antoine (Matthieu Lucci), jeune homme svelte et au regard chargé d’amertume, l’occasion de ses premières provocations. En désaccord permanent avec ses camarades et avec Olivia, il s’isole très vite du groupe, jusqu’à s’en faire exclure. Ce rejet du collectif, Antoine le pratique même en privé avec ses amis, préférant s’enfermer dans une chambre que faire la fête avec eux. Alors que la romancière développe une fascination pour ce jeune homme aussi virulent qu’intelligent, Antoine déborde de plus en plus de colère.

Une nouvelle fois, le duo Cantet-Campillo a su trouver un équilibre entre le calme de l’étude sociologique et la tension latente du thriller. Chaque piste qui s’ouvre est vite brouillée par la complexité de personnages qui additionnent les identités. Olivia se voit tour à tour professeure, mère ou même amante d’Antoine, voulant faire de lui le protagoniste de son prochain roman. De son côté, le jeune homme qu’on croyait perdu et fébrile, mal à l’aise avec son corps, cache un violent désir de destruction et une idéologie obscure. Ces multiples facettes et le refus du cinéaste de choisir entre l’une ou l’autre laissent planer un sentiment de doute inextinguible. Irréprochable, Marina Foïs confirme ici son talent pour interpréter des personnages à fortes ambiguïtés, à la fois menaçante et menacée. Elle trouve ici son pendant masculin, la révélation Matthieu Lucci. Pour sa première apparition au cinéma, ce jeune sudiste aux faux airs de Jalil Lespert incarne à la perfection cet adolescent ambivalent. Sous le soleil de plomb, tous deux jouent avec leurs corps, autant objets de désir que de trouble.

Réalisé par Laurent Cantet. Avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach, … Durée : 1h53. FRANCE

Photos : Copyright Jérôme Prébois