Le Majestic Bastille, l’esprit d’un cinéma de quartier

L’adage du Majestic Bastille ce serait “le cinéma comme à la maison” – Olivier Cousin

Après Le Louxor, Le Nouvel Odéon et Le Balzac, notre tour dans les salles parisiennes de cinéma d’art et essai se poursuit place de la Bastille, là où le Majestic Bastille s’illustre, résistant encore et toujours à la concurrence féroce des cinémas environnants (les salles MK2). Un cinéma de quartier, fort de son histoire et de son identité, à l’accueil chaleureux.

Un Majestic en prise avec la Bastille

Boulevard Richard Lenoir, 11e arrondissement, métro Bastille. Dans ce secteur pétri d’histoire, à quelques pas de la colonne de Juillet, se découvre un cinéma dont la façade se confond avec le reste du bâtiment. Pris en sandwich entre un McDo et un Planet Sushi condamné et recouvert d’affiches, le Majestic Bastille dévoile enfin son enseigne, noyée par des tags qui mangent le bas de l’immeuble. Le parcours du combattant commence. L’entrée est obstruée par le terre plein qui lui fait face où se dresse à la fois manège pour enfants et arbres touffus. Du brouhaha visuel qui finit par en devenir graphique et réussit presque à nous faire passer à coté de ce cinéma indé plein d’histoire.

Bastille, ou le bastion du cinéma de quartier

Cinéma grand public à son ouverture, le Bastille Palace reste ouvert pendant la seconde guerre, subit la propagande nazie sous l’occupation allemande, puis se spécialise dans le porno en 1975 avant de fermer boutique 12 ans plus tard. Ce n’est qu’en 1995 qu’il fait son retour sous le patronyme Majestic Bastille, et reçoit le label art et essai. Riche d’une histoire mouvementée, il fait partie de ces cinémas de quartier qui revendique une identité forte et un véritable enthousiasme pour le cinéma, peu égalé par les cinémas des grands groupes. Membre de la “confrérie” des Écrans de Paris depuis 2001, le Majestic Bastille est resté fidèle à son architecture d’origine – sa construction date de 1934. De l’extérieur, on distingue sa devanture enclavée et datée où des néons bleu, blanc, rouge inscrivent le nom du cinéma ainsi que la mention « Écran Panoramique ». Un cinéma tout à la verticale, dont l’étroite entrée fait office de hall d’accueil, accolée à d’élégants escaliers qui permettent d’accéder aux deux salles (construction impossible aujourd’hui avec les obligations d’accès aux personnes à mobilité réduite).

Dans ce petit cinéma, on se sent à l’abri de toute l’agitation extérieure. Un sentiment d’immersion précieux au directeur du lieu, Olivier Cousin (ancien directeur de La Pagode qui remplace actuellement Pierre Breteau) : « L’adage du Majestic Bastille ce serait “le cinéma comme à la maison”. Venir au cinéma, s’y sentir chez soi et bien sûr en faire un rendez-vous régulier ». De fait, Olivier Cousin distille au sein de ses équipes bonne humeur et décontraction : « Ici, c’est comme une famille. J’estime que lorsqu’on aime aller au travail, l’accueil est forcément plus agréable. Et puis nous sommes à l’écoute les uns des autres. J’aime laisser une part d’initiative personnelle à l’équipe. Dernièrement, c’est elle qui m’a soufflé l’idée de la rediffusion du Lauréat ». On note l’accueil particulièrement convivial des caissiers, dont Olivier fait d’ailleurs partie quand il n’est pas en cabine de projection : « Avant d’être directeur, j’ai commencé caissier, puis projectionniste. Et ça me plait de jongler encore entre les différents postes ».

Majeur Majestic

Passionné de cinéma, Olivier confie son amour pour la salle et le grand écran : « L’expérience cinéma est absolument unique. Tous les films que j’ai vu en salles, je peux vous en ressortir le contexte, me rappeler du cinéma dans lequel j’étais, alors que le DVD a tendance à banaliser tout ça. Quand on voit un film ici, au Majestic, on s’en souvient, ça va au-delà de la rétine ». Oui, on en prend plein les yeux et les oreilles, notamment dans la salle 1, extrêmement bien équipée, réputée pour son écran panoramique – le plus grand du quartier (11 mètres de large). « Niveau équipement, on a rien à envier aux grandes salles ! Notre salle 1 est conçue pour une qualité de protection ultra optimale. Les sièges sont installés à la façon de gradins, à tel point que certaines spectatrices m’ont confié avoir eu le vertige ! » poursuit Olivier Cousin.

Se démarquer des rouleaux compresseurs environnants (deux MK2 à quelques mètres à la ronde seulement) et fidéliser le terreau d’une clientèle encore disparate, notamment grâce à la mise en place de séances spéciales. telles sont les missions du cinéma. « On organise régulièrement des séances en retransmission sur France Culture. La prochaine sera une avant-première du film Gauguin -Voyage de Tahiti en présence du réalisateur Edouard Deluc et de Vincent Cassel, (qui interprète le peintre). C’est le 19 septembre. Et puis nous participons au festival ‘Mon 1er Festival’, qui débute fin octobre ». Cinéma à taille humaine, il s’en dégage une atmosphère, une odeur particulière, jamais celle du pop-corn. La salle 1 en impose et la salle 2, plus petite, se définit dans le style salle de club. « On est vraiment au service des gens. Il faut profiter d’un endroit aussi grand, d’autant que maintenant avec la carte*, la place revient à peine à plus de 5€… » ajoute avec malice l’actuel directeur qui évoque l’importance de cette nouvelle carte mise en route depuis la rentrée pour faire face à la rude concurrence des multiplexes.

*la carte CIP (cinémas indépendants parisiens) permet d’aller dans n’importe quelle salle des 24 cinémas participant à l’opération. Liste à retrouver sur http://www.cip-paris.fr

Carte à 30€ : 5 séances. 48€ : 9 séances.

MAJESTIC BASTILLE

2-4 Boulevard Richard Lenoir – 75011 Paris – 01 47 00 02 48

Tarif : 9€30

Cartes illimitées acceptées

Crédit photo : Ségolène Alunni