Les Arcs Film Festival, épisode 1 : L’Homme fidèle de Louis Garrel, film d’ouverture

Elles et lui

Copyright Shanna Besson

Après Les deux amis, drame sentimental truffaldien qui mettait en scène deux hommes épris d’une même femme, Louis Garrel, pour son deuxième long métrage, change la configuration du trio, racontant l’histoire d’un romantique soumis aux battements de cœur de deux femmes qui le font soupirer. Abel (Louis Garrel) et Marianne (Lætitia Casta), après huit ans sans nouvelles, se retrouvent à l’enterrement de Paul, l’homme pour lequel Marianne avait quitté Abel et avec qui elle a eu un fils. Dès lors, Abel n’a plus qu’une idée en tête : reconquérir sa belle. Elle succombe, ce qui déplaît en tous points à son fils. Mais cette nouvelle histoire, les amants la veulent sans caprice ni exclusivité. Infidèles et orgueilleux, les deux personnages vont se mettre au défi : celui de succomber aux désirs des autres pour voir si les leurs subsistent. S’invite alors dans le cœur d’Abel la jeune et jolie Eve (Lily-Rose Depp), sœur cadette de Paul qui a toujours craqué pour l’ami de son frère. Élégant, fin, contemporain, L’Homme fidèle s’accorde à une mélodie qu’on connaît bien – les amours libres, intenses et floues, chères à la Nouvelle vague – tout en modernisant l’orchestration par le jeu d’acteur – Depp éblouissante, pleine de fraîcheur, singulière, Casta plus grave, profonde. Deux actrices que Garrel soigne avec ces rôles solides et piquants. Si le film adopte l’allure d’un beau mélo, il joue de bout en bout avec les nuances et les apparences, se teintant d’humour et de mystère (les notes du thriller résonnent avec habileté). L’écriture s’est affinée, les questionnements existentiels des personnages ne saturent plus l’écran; le réalisateur a trouvé son cap et son ton, le juste point d’équilibre entre gravité et légèreté. Inattendu peut-être, L’Homme fidèle s’approche doucement des eaux dans lesquelles baignent certaines comédies noires et amères de Woody Allen, celles qui sont d’une sensibilité plus européenne, celles des années 90 notamment. Des points communs qui se trouvent tant dans l’écriture que dans le mariage fécond des registres ou encore dans le caractère parfois pervers des désirs et l’importance accordée aux personnages qui souffrent tous d’un mal que les héros alléniens connaissent bien, l’insatisfaction chronique, celui des enfants de ce siècle.

En salles le 26 décembre 2018.