Les Arcs Film Festival, épisode 4 : Son travail de Nikos Labot et L’Ordre des médecins de David Roux

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Son travail de Nikos Labot

L’apprentie

Athènes, de nos jours. Panayiota et sa famille font face à la crise comme tant d’autres. Inquiète pour l’avenir des siens, Panayiota décide d’accepter un petit boulot de femme de ménage dans un centre commercial. Une décision courageuse qui, s’il la sait nécessaire, déplaît à Kostas, son mari, qui sent soudain valser sa position de pilier du foyer. Ce qui est inédit ici, c’est que Panayiota ne sait non seulement ni lire ni écrire, mais qu’en plus elle n’a jamais travaillé de sa vie. Malgré les tensions qui règnent et la rudesse des tâches auxquelles elle doit se plier pour un (très) mince salaire, Panayiota retrouve le sourire et l’énergie qu’elle avait perdus. Présenté à Toronto et primé au Festival de Cinéma Méditerranéen de Bruxelles, le premier long métrage de Nikos Labot nous plonge dans le quotidien de cette mère au foyer qui trouve un peu de joie là où d’autres ne voient que douleur, misère et soumission. En adoptant le point de vue de l’héroïne, le film prend un autre tournant. La critique d’une société à l’économie malade, celle des méthodes abusives dont usent certaines entreprises à qui profite la crise et, évidemment, la violence et la persistance des schémas patriarcaux sont bel et bien au programme, mais en filigrane. Car ce qui intéresse le réalisateur, c’est son héroïne, interprétée avec maestria par Marisha Triantafyllidou, son approche sensible et physique des événements plus que son approche intellectuelle – et la caméra, mobile, accompagne le personnage à chaque instant. Son travail séduit par l’intensité de sa mise en scène, la précision du montage (Dounia Sichov aux commandes) et celle du jeu de Marisha Triantafyllidou, une comédienne à la lumière si particulière. A.C

En salles le 1er mai 2019. Coproduction FR.

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L’ordre des médecins de David Roux

L’essence des priorités

Simon est médecin. Pneumologue. La mort est son quotidien, l’hôpital sa vie. Quand sa propre mère est hospitalisée et que son pronostic vital est incertain, le moment est venu pour lui de remettre de l’ordre dans ses priorités. Et la question qui se pose, nœud central de cette chronique en immersion, sera le moteur du récit : comment un médecin, avec son regard clinique et, par la force des choses, cynique et presque détaché sur la mort, réagit-il quand un proche est en souffrance ? Pour son premier film, David Roux fait le pari du quasi huis-clos en milieu hospitalier et se concentre sur la routine du quotidien de ces femmes et de ces hommes qui, chaque jour, côtoient la mort et la souffrance. La toile de fond, le regard porté sur ce microcosme hospitalier est d’une grande justesse : les rites et les rires, les diagnostics sans détour, les moments d’abandon, les rapports humains, tout sonne juste grâce notamment à un casting de seconds rôles impressionnant. Le cœur du film, c’est le personnage de Simon interprété avec une grande intelligence et une maîtrise confondante par Jérémie Renier qui a rarement été aussi précis. Il est secondé par un trio admirable de femmes. Ce sont elles qui le forcent à parler, à sortir de sa coquille, à retirer le masque de la technicité professionnelle et à se frotter à l’intime. Sa mère est interprétée par l’immense Marthe Keller. Elle est d’une simplicité qui force le respect. Dans le rôle de la sœur de Simon, celle qui le ramène à la famille, à la vraie vie, Maud Wyler (vue dans Louise Wimmer, Low Life ou Le Combat ordinaire) fait des merveilles. Enfin il y a Agathe, jeune interne en médecine qui devient la maîtresse de Simon et incarne cette passerelle entre la vie professionnelle et l’intime. Avec ce personnage solaire, séduisant et volontariste, Zita Hanrot prouve une fois de plus, dans cette année riche en personnages, qu’elle est la comédienne la plus douée et la plus inspirée de sa génération. En refusant une certaine forme de romantisme et en retardant l’émotion, par son joli traitement des souvenirs et, notamment, de la culture juive familiale, David Roux signe un premier film d’une grande maîtrise qui ne cède jamais à la facilité. Simple, sobre. FFM

En salles le 23 janvier 2019.