Les Drapeaux de papier de Nathan Ambrosioni

Copyright Sensito Films

A fleur de peau

Après 12 ans sans nouvelles de son frère ainé, Charlie (Noémie Merlant), bientôt 24 ans, le retrouve un matin devant la porte de son appartement. Vincent (Guillaume Gouix) vient tout juste de sortir de prison. C’est autour de ces retrouvailles délicates que Nathan Ambrosioni charpente son film, un premier long aux couleurs fauves qui séduit par son approche sensible de l’humain. Le cadre est volontairement serré, projetant toute notre attention sur ces deux personnages à fleur de peau à la fois perdus et inquiets. La question brûlante de la réinsertion pose un enjeu double : Vincent doit à la fois regagner la confiance et l’affection des siens et trouver sa place au sein d’une société peu clémente envers les ex-taulards. D’autres barreaux et obstacles se dressent alors. La peur d’être rejeté partout et de tous empêche le personnage d’avancer et fige son comportement dans la violence. Coups de poing, hurlements, vaisselle cassée. Comment écrire un nouveau chapitre à sa vie quand on est encore prisonnier du précédent ? C’est en l’état le problème posé à Vincent et Charlie.

Si le sujet est rugueux et le climat lourd, la mise en scène, elle, travaille l’épure au corps. Pas d’esbroufe, pas besoin, Nathan Ambrosioni fait en sorte que rien ne vienne parasiter les émotions qu’il cherche vives, comptant sur les silences et leurs pouvoirs évocateurs comme sur le talent sans faille de ses comédiens et comédiennes. Guillaume Gouix, crane tondu et survêt, se donne avec ferveur et entièreté au personnage de Vincent, trentenaire rongé par la colère et la culpabilité. Face à lui, Noémie Merlant, aperçue dans Plonger de Mélanie Laurent ou encore Le Retour du héros de Laurent Tirard; elle est bouleversante dans le rôle de Charlie, jeune femme dont le regard est déjà plein des tracas et des traumas de la vie d’adulte. Même les personnages secondaires brillent (Sébastien Houbani, Jérôme Kircher, Alysson Paradis). Soin du détail, sens des émotions. Solide Les Drapeaux de papier, comme la carrière qui se profile pour son jeune réalisateur naturellement doué.

Réalisé par Nathan Ambrosioni. Avec Guillaume Gouix, Noémie Merlant, Alysson Paradis, Sébastien Houbani… Durée : 1H42. En salles le 13 février 2019. FRANCE.