Mektoub my love – Intermezzo d’Abdellatif Kechiche

Barre de Pole dance en travers de la gorge

“Au secours”. Deux mots qui nous ont accompagné pendant les 3H29 de ce film calvaire qui se repaît de la chair de ses comédiennes de manière odieuse et nous fait éprouver les limites du cinéma dit “naturaliste” de Kechiche. Ce qui dans Mektoub Canto Uno passait par le prisme du regard d’Amin (Shaïn Boumedine) ne supporte dans cet intermède aucun autre prisme que le voyeurisme de l’homme à la caméra. Ce n’est plus le désir des adolescents qu’il filme, c’est son propre désir, pour les adolescentes. Crispant, écœurant. Pas de récit structurant, pas d’enjeux dramatiques, pas de mise en scène (trois valeurs de plans) et une boîte de nuit qui devient le théâtre du mateur.

Cette copie de travail n’a rien d’alléchant. L’arrivée d’une jeune et jolie blonde- Marie, de Paris – dans la bande de copains Sétois sert de prétexte à ce long clip au plus près de l’entre-jambe d’Ophélie Bau (qui après avoir monté les marches hier soir a quitté Cannes pour des raisons restées floues, même si on a notre avis sur la question). Festival de gros plans sur des fessiers qui s’agitent, et évidemment, uniquement des postérieurs féminins, ce qui est un comble car le réalisateur se défend de parler de liberté et de désir, mais n’en montre qu’une vision parcellaire, voire réductrice. Les jeunes femmes (sujets et objets) parlent entre-elles du corps des hommes, mais de cette chair-là, nous n’en verrons rien, pas un morceau. Le parti pris est clair (pas de hors-champs, pas de contre-champs), et le caractère libidineux de tout cela finit par devenir terriblement désagréable. La représentation qui est ici faite des femmes n’a d’égal que chez Gaspar Noé, persuadé comme Kechiche que l’expression de leur libération passe par la simulation. Car ces jeunes femmes simulent leur liberté, elles restent absolument prisonnières des ambitions que la société patriarcale a pour elles (mariage, famille, etc.). L’illusion de la liberté, voilà ce que ce film qualifié de radical nous offre chichement. Cette barre omniprésente de pole dance rappelle sans cesse qu’il n’y a que le phallus qui compte, même si une femme jouit dans les toilettes ou parle avortement. Dans l’expérience du féminin, nous ne sommes jamais, seulement dans l’expérience de l’homme triste qui la pense et la projette.

Les enceintes crachent de la mauvaise techno et un mauvais remix du tube d’Abba “Voulez-vous ?”. La question du consentement est carrément discutée dans le film (dont les dialogues sont aussi creux que faux), et elle s’applique également aux spectateurs et spectatrices. Consentons-nous à être les otages d’un cinéaste provocateur qui résume la liberté à des corps qu’il épuise, qu’il vide ?