Nathan Ambrosioni (Les Drapeaux de papier) : “J’ai envoyé le scénario par mail à trois boîtes de prod indépendantes, et je ne les ai pas lâchées !”

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Vous aurez été prévenu, on n’a pas fini d’entendre parler de Nathan Ambrosioni. Alors que son premier film, réalisé à 18 ans tout juste, Les Drapeaux de papier sort en salles aujourd’hui, le jeune homme travaille déjà sur un nouveau projet dont on ne saura à ce stade pas grand chose. C’est lors d’une avant-première particulière, celle du Rialto à Nice, que nous avons rencontré le réalisateur, heureux de présenter le film entouré de ses proches dans une salle qu’il a fréquenté plus jeune. Rencontre avec un nouveau venu qui vient de recevoir le prix du public au festival “Premiers Plans” d’Angers. 

C’est une avant-première particulière que celle de Nice…

Oui, parce que c’est ici que le film a été tourné, dans cette région où je suis né et où j’ai grandi. Et c’est dans ce cinéma que j’ai découvert Terence Malick qui est un cinéaste que j’adore, il est immense. Et je l’ai découvert par la fin en remontant de Song to song au début…

Comment, à 18 ans, parvient-on a réaliser son premier long métrage ?

Tout a commencé à 12 ans. J’ai regardé un film d’horreur, presque forcé par mes amis car j’avais très peur, c’était Esther (de Jaume Collet-Serra ,2009, NDLR), ça m’a terrifié. Je ne viens pas d’une famille très cinéphile et je me suis rendu compte à ce moment de toutes les émotions que m’avait fait ressentir un film, le cinéma. Et je me suis mis à regarder des milliers de films d’horreur ! L’envie de faire du cinéma est née de ça. J’ai longtemps embrigadé mes potes du collège pour tourner des scènes pendant les week-ends et les vacances. Il n’y avait pas d’option cinéma au lycée de Grasse donc j’ai continué à apprendre un peu tout seul. J’ai téléchargé Final Cut Pro et me suis mis au montage, j’ai vendu mes jouets, mes premières consoles pour acheter mon premier caméscope à vision infrarouge à 500 euros ! Comme ça je pouvais filmer dans le noir comme dans Paranormal Activity. J’ai construit ma passion du cinéma comme ça avec mes 7 mini-films auto-produits.

Et comment passe-t-on si vite de ces petits films “maison” à un long métrage produit ?

J’ai compris qu’avant tout il fallait de l’argent, un budget pour constituer une équipe. J’ai écrit le scénario des Drapeaux de papier, je l’ai envoyé par mail à trois boîtes de prod indépendantes qui faisaient des films, je ne les ai pas lâchées ! Je les ai appelées toutes les semaines, pour être sûr qu’ils lisent et là , un mois plus tard, Stéphanie Douet de Sensito Films m’a appelé, elle avait pris le temps de lire et voulait me rencontrer ! C’était parti pour l’aventure.

Guillaume Gouix dans “Les Drapeaux de papier” de Nathan Ambrosioni ©Sensito Films-Rezo Films

Comment est née cette histoire de relation entre frère et sœur, de réinsertion suite à une sortie de prison ?

J’avais 17 ans quand je l’ai écrit, je m’approchais de mes 18 ans et, je me disais que j’allais être libre d’une certaine manière, même si mes parents n’ont pas été sur mon dos plus que cela. Mais, aux yeux de la loi, c’est la liberté. Ce passage à l’âge adulte me faisait peur et me fascinait, je me posais beaucoup de questions. Je suis tombé sur un article qui faisait le portrait d’un prisonnier qui faisait une sortie sèche, comme le personnage de Vincent dans le film, c’est à dire sans aide de l’État et ça m’a bouleversé. Il parlait beaucoup de liberté comme quelque chose de presque matériel, d’inatteignable et de très proche. Et, dans une moindre mesure, je me suis reconnu, cela m’a touché. Donc je suis parti là-dessus en me documentant sur internet, j’avais accès à plein de parcours, des dizaines de témoignages écrits ou vidéos et cela m’a permis de construire le scénario, je suis un vrai pisteur sur internet. Et puis j’ai une sœur aussi, elle a 23 ans et veut devenir graphiste et elle m’a un peu inspiré le personnage de Charlie. Je connaissais ce rapport de fraternité où on s’aime et on se déteste aussi de temps en temps. On me demande souvent pourquoi je ne parle pas du lycée, d’un sujet plus proche des jeunes de mon âge, de plus personnel. Mais cette histoire, ce film, c’est personnel, j’ai eu envie d’écrire là-dessus.

Comment avez-vous choisi Noémie Merlant et Guillaume Gouix pour incarner la sœur et le frère des Drapeaux de papier ?

Noémie, j’ai vraiment écrit le film en pensant à elle parce que je l’avais vu dans A tous les vents du ciel (Christophe Lioud, 2016, NDLR) et ce fut une révélation, je la trouvais démente. Je me suis lancé dans l’écriture avec ma photo sur mon bureau, je ne savais pas si elle accepterait mais au moins j’avais un visage ! J’ai cherché toutes les avant-premières pour lesquelles elle était présente et j’ai pris un train et lui ai remis le scénario, elle aussi m’a rappelé un mois plus tard. Guillaume c’est un comédien que j’admire et il avait fait déjà 35 films fous. Je les découvert dans la série Les Revenants quand j’avais 12 ans donc il représente vraiment l’univers de mon adolescence, le visage du genre français, le mangeur de Céline Salette. J’y pensais mais je n’osais pas. Guillaume a le même agent que Noémie, donc tout s’est fait grâce à Grégory Weill. Guillaume m’a envoyé un mail trois jours plus tard. J’étais complètement fou, pour moi c’est le meilleur acteur français de sa génération.

Techniquement, tout est très précis dans le film comment avez-vous préparé le tournage et travaillé sur les couleurs, le son, les ambiances ?

Dès que j’ai su que le film allait de faire, j’ai su que j’avais des responsabilités sur les épaules. Un budget engendre cela. J’ai énormément travaillé, j’ai fait un “moodbook” avec plus d’une centaine de photos pour chaque scène du film, un découpage précis de chaque plans en réfléchissant au montage. J’avais besoin de me faire un plan en béton pour ne pas me retrouver à ne pas savoir quoi répondre une fois face à l’équipe. Je ne voulais pas me prendre mon âge dans la gueule. Je me devais d’être incollable et prêt ! Bien sûr, plein d’éléments ne se sont pas déroulés comme prévu mais, en tout cas, j’avais bien préparé. Dès l’écriture du scénario, chaque description de scène commençait par une ambiance lumineuse. Est-ce que le soleil se couche, se lève, est-il sur les visage ou sont-ils dans l’ombre ? J’ai essayé d’être le plus graphique possible à l’écrit, pus après avec l’ingénieur du son et le chef opérateur. J’ai eu la chance d’avoir des vrais artistes qui ont travaillé avec moi. C’était trop bien.

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira.

Les Drapeaux de papier est en salles le 13 février 2019.