Nico 1988 de Susanna Nicchiarelli

Nico après Nico

Quel est l’intérêt de raconter les dernières années de l’icône Nico, accro à l’héroïne, qui enchaîne les concerts hasardeux dans des lieux improbables ? C’est la question qu’on peut se poser au début du visionnage du film de la réalisatrice italienne Susanna Nicchiarelli. Réponse en deux mots.

  • Une actrice

C’est à la comédienne danoise Trine Dyrholm (Festen, En Eaux troubles) qu’échoit la difficile tâche d’incarner une femme qui n’est plus. Une femme qui n’est plus belle, qui n’est plus populaire, qui n’est plus Nico puisqu’elle se fait appeler par son vrai nom, Christa Päffgen et qu’elle tique dès qu’on la ramène à l’époque Velvet. Dyrholm excelle dans l’exercice en incarnant toutes les facettes de cette femme vieillissante, versatile, égocentrique et touchante de détresse. La performance est d’autant plus remarquable que la comédienne chante à plusieurs reprises les titres (souvent in extenso) de la carrière solo de l’ex-icône avec un habile mélange de grâce post-punk et de rage. Reprise de Big in Japan d’Alphaville en prime !

  • Une réalisatrice

Susanna Nicchiarelli parvient à nous embarquer dans son récit par la puissance de sa mise en scène. Très cadrés, carrés et construits, ses plans convoquent toute une esthétique du cinéma germanique du début des années 1980, on pense à Fassbinder, souvent. Mais jamais le film n’est aussi fort que quand il met en place son esthétique propre et souvent onirique : un panoramique en slow motion sur une cérémonie religieuse, des souvenirs de Berlin sous les bombes, des salles de concerts crados qui deviennent sanctuaires quand la voix les envahit. Nico, 1988 est le portrait personnel et fascinant d’une femme dans l’après. Hypnotique et bouleversant.

Réalisé par Susanna Nicchiarelli. Avec Trine Dyrholm, Calvin Demba, Sandor Funtek, Karina Fernandez. Durée : 1H33. Prix Orizzonti du meilleur film au Festival de Venise 2017. En salles le 18 avril 2018 – COPRODUCTION FR