Nos années folles d’André Téchiné

L’histoire de l’homme coupé en deux :

1916. Paul Grappe (Pierre Deladonchamps) ne veut plus combattre les allemands. Il déserte et se réfugie dans les jupons de sa femme, Louise (Céline Sallette). Le couple sait le sort réservé aux déserteurs, mais Paul ne veut pas moisir dans un cave à l’abri des regards. Sa liberté, il la vit en Suzanne, dame de tout le monde au Bois de Boulogne, mais au petit matin, il retrouve toujours Louise. Si c’est elle qui l’a encouragé à se travestir, elle n’imaginait pas toute la place qu’allait prendre Suzanne dans leur vie à deux. Folle d’amour pour Paul, elle accepte tout : libertinage, prostitution, échangisme, et même son alcoolisme. A la fin de la guerre, Paul est libre et il lui faut alors dire au revoir à Suzanne. Mais comment se séparer d’une partie de soi-même ?

On avait au moins 4 bonnes raisons d’aimer le film :

  • Téchiné (Les Roseaux sauvages, Rendez-Vous, Hôtel des Amériques, J’embrasse pas, Le Lieu du crime, Ma saison préférée, Les Témoins – notre top 7 sans ordre de préférence !).
  • Pierre Deladonchamps et Céline Sallette chez Téchiné : un choix de casting idéal.
  • Michel Fau chez Téchiné – rencontre entre “divas”.
  • Un récit sur la transidentité et la libération sexuelle dans une époque qui ne les admet pas, film queer idéal sur le papier.

Sauf que la promesse du titre n’est pas tenue pour deux raisons :

1 – Téchiné morcelle maladroitement la chronologie des événements et cultive l’ellipse. Le “Nos années” n’est en réalité qu’une suite d’instantanés et de flashbacks, ce qui fait perdre au contexte (la guerre, l’histoire) de son poids capital et, plus grave, simplifie à l’extrême la psychologie de personnages complexes. Les raccourcis sur le mode “Je me travestis donc je deviens une pute” et “Je suis en plein trouble de genre donc je deviens un danger pour les autres” frisent le combo misogynie/transphobie.

2 – “Folles” annonçait la décadence, le caractère crépusculaire de l’histoire. Malheureusement, les scènes les plus sulfureuses sont réduites à des allégories lyriques ou se passent hors-champ. La chair est pâle et les corps n’ont jamais la fièvre – embêtant pour un film qui parle d’exaltation, de frissons et de plaisir. Formatage total pour plaire au plus grand nombre et ne pas souffrir d’une interdiction au moins de 12 ans ?

Le vrai sujet du film :

L’amour absolu de Louise pour Paul.

Les plus gros défauts du film :

L’écriture et la théâtralité de l’ensemble, et particulièrement des personnages secondaires. Les inutiles citations cinéphiles (Ophuls, Renoir entre autres) et la mise en abyme via la pièce dans le film alourdissent la mise en scène et transforment une recherche d’effet vintage en citation ringarde.

Ce qu’on sauve :

Céline Sallette, “elle pourrait jouer un lampadaire, je l’aimerais quand même” – entendu dans la rédaction

Pierre Delandonchamps qui parvient à rester sobre malgré un rôle un peu “chargé” et finalement peu aimable dans l’oeil de Téchiné.

Notre fantasme :

Un remake par Yann Gonzalez !

Ava Cahen et Franck Finance-Madureira.

 

Réalisé par André Téchiné. Avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Michel Fau … Durée : 1H43. Nationalité : FRANCE

Photo : Copyright ARP Sélection