On a vu Volontaire et Trois Visages – sorties de la semaine

Volontaire de Hélène Fillières

Actrice, réalisatrice et scénariste, Hélène Fillières (aka Sandra Paoli de la série Mafiosa) embarque Diane Rouxel (The Smell of us, La tête haute, Les Garçons sauvages) dans l’aventure de son deuxième long métrage qui a pour toile tendue la Marine Nationale (l’école navale de Brest exactement). Laure, 23 ans, est une jeune femme “volontaire” – trait de caractère sur lequel le titre insiste bien fort. Pour donner un cadre à sa vie, elle rentre donc dans le rang, sous le commandement d’un homme sec interprété par Lambert Wilson, et débute son apprentissage. Ultra démonstratif, Volontaire fait le récit ordinaire d’une héroïne qui doit trouver sa place dans un monde masculin et ingrat, quête qui, au fur et à mesure, va l’amener à questionner son rapport à sa propre virilité. Des thématiques passionnantes ankylosées par la forme (trop) scolaire de cette fiction qui peine à s’extraire de sa dimension terre-à-terre. Heureusement, Diane Rouxel est là, portant le film à bout de bras, déterminée. Elle incarne le personnage de Laure avec grâce et cran. A travers Rouxel, c’est aussi le talent de directrice d’acteurs de Fillières qui rejaillit. Un bon point dans ce film qui les perd en route.

Réalisé par Hélène Fillières. Avec Diane Rouxel, Lambert Wilson, Corentin Fila … Durée : 1H41. En salles le 6 juin 2018. FRANCE

Trois visages de Jafar Panahi

(critique publiée lors du Festival de Cannes)

Deuxième film iranien de la compétition officielle, projeté quatre jours après Everybody Knows d’Asghar Farhadi, Trois visages poursuit le circuit du réalisateur Jafar Panahi à travers son pays, celui-là même que les autorités lui interdisent de quitter.  Après Taxi Téhéran – Ours d’Or à Berlin en 2015 -, Panahi, toujours au volant de sa voiture, prend ses distances avec la ville pour s’enfoncer dans les terres, caméra posée sur le tableau de bord. Tout commence par une vidéo qui met en scène une jeune femme désespérée filmant son suicide depuis un téléphone portable. Envoyée à Behnaz Jafari, célèbre actrice iranienne, la vidéo devient alors poil à gratter. S’agit-il d’un canular ou bien d’un véritable appel au secours ? Jafari et Panahi vont enquêter ensemble – et évidemment les bâtons dans leurs roues vont se multiplier. Forme minimaliste pour une fiction toute en miroir et métaphore qui exige de garder les yeux grand ouverts. Car les routes vers le cinéma sont sinueuses, parfois même dangereuses, comme celles qu’empruntent (au propre comme au figuré) le réalisateur et l’actrice. Simple d’apparence mais définitivement virtuose dans l’écriture (habile jeu de mises en abime), le nouveau film de Panahi dénonce avec vigueur l’oppression des femmes et l’oppression artistique. Courageux, inventif et ingénieux.

Réalisé par Jafar Panahi. Avec Jafar Panahi, Behnaz Jafari, Marziyeh Rezaei … Durée : 1H40. En salles le 6 juin 2018. IRAN