On s’appelle ? Épisode 2 : Lorenzo Chammah, programmateur

Chaque samedi, FrenchMania prend le pouls de l’industrie du cinéma français en temps de crise en appelant un professionnel. Aujourd’hui, c’est à Lorenzo Chammah que nous avons passé un coup de fil. Il est le programmateur des cinémas parisiens de Paris Cinéma Club : Écoles Cinéma Club et Christine Cinéma Club, salles qui projettent des films patrimoniaux restaurés et accueillent de nombreux ciné-clubs et festivals.

Est-t-on préparé face à une crise de cette ampleur ?

Lorenzo Chammah : Sincèrement non, d’autant plus qu’elle est inédite. On compte beaucoup sur les aides de l’État, des institutions comme le CNC et organismes comme l’AFCAE pour nous accompagner au mieux dans cette période sèche pour les salles et les distributeurs. On est tous dans le même bateau, logé à la même enseigne, et on avance à tâtons. On est obligé de se sentir solidaire parce qu’on est tous dans un brouillard très épais, tous à l’arrêt. On ne vit que de la grâce du jour d’après. On est à l’arrêt jusqu’à mi-avril au moins, et les inconnues sont encore trop nombreuses pour spéculer.

A quoi utilisez-vous ce temps justement ?

Lorenzo Chammah : A la réflexion. Notre raison d’être, c’est le cinéma, c’est la salle, et on réfléchit par conséquent à la manière dont on peut préparer l’avenir. On fait un genre de bilan pratique de nos séances, de nos événements, les ciné-clubs comme les avants-premières de films de plateformes qui ont été un succès. La Chine a ré-ouvert moins de 5% de ses cinémas puis le gouvernement a annoncé à nouveau leur fermeture. Une fois sorti de ce confinement ici, on ne sait pas quelles habitudes le public reprendra ou aura perdu. Il faudra s’adapter et y aller progressivement. Rien ne se fera en un éclair. Il faut être, je crois, plus patient qu’autre chose. J’espère que les habitudes de fréquentation des salles ne vont pas être trop bouleversées, peut-être qu’il y aura un nouveau type de public, plus jeune, qui a vu des films sur plateforme durant le confinement et dont la curiosité se sera développée… J’essaie d’être optimiste, même si je doute qu’on vive après ça nos années folles et que tout le monde se rue dans les salles d’art et d’essai. Il y aura forcément une phase d’observation des nouveaux comportements et nouvelles habitudes. On sera tous d’une manière ou d’une autre dans un état de convalescence.

Comment maintenez-vous le lien avec les adhérents, les publics ?

Lorenzo Chammah : Par les réseaux sociaux, que gère merveilleusement Paulina Gautier-Mons. Sur les réseaux sociaux, des extraits de films ou des photos de films sont postés, justement pour dire au public qu’on pense à lui et qu’il restera toujours le cinéma. On a fait le choix d’une communication ponctuelle. Parce qu’on est confiné, on est très sollicité par les réseaux sociaux, par les publications en tout genre, par les images, et on s’est dit là encore qu’une forme de discrétion s’imposait naturellement. C’est un moment qui appelle à la respiration et à l’introspection.

De manière plus personnelle, comment vivez-vous ce confinement ?

Lorenzo Chammah : J’essaie de me concentrer sur ce qui est essentiel, de prendre un peu de recul. Je regarde beaucoup de films évidemment, j’ai moins l’habitude de me tourner vers les séries. En plus d’être programmateur, je suis également sélectionneur pour le Festival de Cannes qui certes a annoncé un report de dates de la tenue de l’événement, mais il y a malgré tout des films inscrits, et donc des films à voir. Je profite du confinement pour continuer cette mission avec sérieux. Je nourris ma cinéphilie de cette manière là.