Mes Provinciales de Jean-Paul Civeyrac

Les filles d’à côté

Étienne (Andranic Manet) veut devenir réalisateur alors il quitte Lyon pour Paris, ses facs et salles de cinéma. Sur le quai de la gare, ses parents, et Lucie (Diane Rouxel), premier amour auquel il faut désormais dire au revoir. A Paris, Étienne partage un appartement avec Valentina (Jenna Thiam) et va en cours le jour. C’est là qu’il rencontre Mathias (Corentin Fila), un cinéphile pas comme les autres. Tous ces personnages ont vingt ans, des rêves, des certitudes et des doutes plein la tête;  des peurs aussi dont les yeux clairs d’Étienne sont le miroir. On cause Pascal, Novalis, Bach, Risi, Fellini et Vidor en fumant des clopes dans des appartements et sur des trottoirs parisiens, le tout en noir et blanc (photo signée Pierre-Hubert Martin). Jean-Paul Civeyrac cultive avec élégance un cinéma post-nouvelle vague où le romanesque puise sa force des personnages eux-mêmes, comme chez Louis Malle ou Philippe Garrel. Des personnages qui ont la bougeotte, qui apparaissent et disparaissent tandis qu’Étienne, fébrile lui, cherche son centre de gravité. La pensée, le verbe, les illusions, les désirs, les baisers, les luttes, tout circule librement et habilement. Le titre souligne bien sûr l’influence des femmes sur la vie du héros, le tourbillon sentimental qu’elles provoquent, les souvenirs qu’elles laissent. Mais ce qui fait par dessus tout le caractère de Mes Provinciales, c’est son casting. Des visages, connus ou inconnus, qui nous emballent et nous émeuvent. Des visages sur lesquels la caméra s’arrête pour nous en montrer les détails et les reliefs. Des voix aussi qui se posent comme des notes sur une partition. Si le film n’évite pas certaines longueurs (2h16), sa maîtrise nous charme autant que sa musicalité. Quatre parties, un épilogue, et des frissons.

Réalisé par Jean-Paul Civeyrac. Avec Andranic Manet, Diane Rouxel, Corentin Fila … Durée : 2H16. En salles le 18 avril 2018. FRANCE.