Sollers Point, Baltimore de Matt Porterfield

Boy in the hood

Matt Porterfield clôt avec Sollers Point une trilogie consacrée aux quartiers abandonnés de Baltimore. Après Hamilton (qui suivait le parcours d’un mère célibataire dans le quartier de son enfance, 2006) et Putty Hill (une famille et une communauté face au deuil, 2010), le réalisateur américain choisit de situer son nouveau film (après la parenthèse I used to be darker en 2013) dans un autre quartier de Baltimore, Sollers Point, créé par et pour l’industrie sidérurgique, qui depuis les années 1980 subit de plein fouet le chômage, la drogue et la ségrégation ethnique et sociale. Comme pour les deux précédents films de cette trilogie des “neighborhoods”, Porterfield dresse une cartographie du quartier à travers un regard personnel, une tentative de retour à la normale . Ici, c’est avec Keith, 24 ans, qu’on découvre les méandres de Sollers Point. Le jeune homme (McCaul Lombardi, jeune comédien magnétique vu récemment dans American Honey et Patty Cake$) sort de prison et retourne vivre chez son père (James Belushi, impeccable). C’est là que le motif que Porterfield file comme une métaphore dans ces trois films reprend ses droits : celui des parcours personnels broyés par un libéralisme sans entraves qui les pousse à la faute ou à l’empêchement. Keith a tout perdu : son indépendance, sa copine, son avenir, sa confiance en lui et même son chien. Pétri de bonne volonté et d’une envie profonde de changer de vie, il va retrouver, presque par la force des choses, ses “mauvaises habitudes”, ses “mauvaises fréquentations”, le deal et les conflits.

Chronique d’une (re)descente aux enfers, ce portrait low tempo d’un jeune white trash entre doutes et désespoir dresse un constat amer, celui de l’abandon. L’abandon de ces quartiers pauvres et (majoritairement) noirs par le pays, par l’État et ce qui lui reste de services sociaux, l’abandon d’une classe ouvrière depuis près de 30 ans, et des générations suivantes qui ne croient plus en rien, et à qui tout espoir de rédemption est refusé, en toute conscience. Embarquée au plus près de Keith, de ses espoirs, de ses peurs, de ses désillusions, la caméra de Porterfield révèle une réalité sociale indiscutable et interpelle les consciences de façon profonde. Son cinéma n’assène pas de vérité, il cherche à nous les faire ressentir. C’est simple, beau et puissant.

Un film de Matt Porterfield. Avec McCaul Lombardi, James Belushi, Zazie Beetz, Tom Guiry, Marin Ireland et Brieyon Bell-El… Sortie le 29 août 2018. Co-production ÉTATS-UNIS-FRANCE

Photos : JHR Distribution