Top 5 – L’été en mer dans les films français

Il y a les plages et il y a le large. Prendre la mer l’été, c’est le rêve de plus d’un vacancier. Catamaran, yacht, voilier, les bateaux ont la cote près des côtes. Espace de liberté ou de convivialité, ils peuvent aussi se muer en un cercueil flottant dès lors que la Nature se décide à reprendre ses droits.  Ceci a mis la puce à l’oreille de FrenchMania : pourquoi ne pas concocter un Top 5 des scènes en mer l’été dans le cinéma français ? #BalanceTonAncre

Plein Soleil – René Clément (1960)

Copyright Prod DB/ Pari films

Tom Ripley (Alain Delon) est un bellâtre né sans le sou qui aime tout ce qui brille. C’est un été, lors d’une virée en Italie, qu’il se lie d’amitié avec Philipp (Maurice Ronet), son alter-ego plein aux as. Tom n’a qu’une hâte : usurper l’identité de son nouvel ami pour conjurer son sort. Un vrai vautour. C’est à bord d’un voilier que Tom saisit sa chance et poignarde Philipp à la manière d’un Mersault 2.0, sous un cagnard infernal. L’ordre naturel des éléments est bouleversé, la mer d’huile se déchaîne et la voile blanche, synonyme de pureté, s’écrase avec douleur. Le bateau, ou l’allégorie de l’instabilité psychologique et identitaire des hommes.  Tom se penche au-dessus des flots, dans un élan narcissique, impatient de découvrir son nouveau visage. Pourtant, le miroir est ingrat… Tom tombe à la renverse et c’est alors que le bateau-fantôme se redresse avec peine et qu’un homme nouveau s’y hisse, déterminé. Fluctuat nec mergitur.

 

 

La chasse à l’homme – Edouard Molinaro (1964)

Copyright Dalmas Sipa

 

Un maquettiste parisien, Antoine Monteuil (Jean-Claude Brialy), improvise une échappée estivale. Il jette son dévolu sur une croisière en Grèce. La veille, il a quitté sa fiancée qui avait eu le malheur de parler « mariage ». C’est dans ce huis-clos baigné de soleil, regorgeant de femmes en petits maillots, qu’Antoine déclare ouverte « la chasse à la femme ». Une fois embarqué sur le paquebot mondain, il part à la recherche obstinée de l’âme-sœur – comprendre « coup d’un soir ». Pourtant, il se désespère : « Elles sont toutes en solde ou quoi ? ». Soudain se dévoile une femme aux traits gracieux, Sandra Sadon (François Dorléac). La demoiselle feuillette un guide touristique de façon lasse. Ni une, ni deux, il l’approche, exhibe ses pectoraux et fait le coup du poète crâneur : « Mais la Grèce ne saurait tenir dans un livre, la Grèce c’est vous, la Grèce c’est moi… ». C’est dans la poche ! Ce qu’Antoine ignore encore, c’est que cette femme fatale est en réalité une arnaqueuse professionnelle. Le soir-même, le coureur de jupons se retrouve dévalisé. Elle ne lui laisse que son cœur… en miettes. Antoine se découvre alors sentimental et lui propose de l’épouser… Vive les fiancés. Pour le meilleur, et pour le pire.

 

 

 

 

A nos amours – Maurice Pialat (1983)

Copyright Janus Films

A l’été de ses 15 ans, Suzanne (Sandrine Bonnaire) attire toutes les convoitises, et ce, malgré elle. Alors qu’elle révise laborieusement un rôle théâtral, elle décide de tout couper, prendre le large et un repos bien mérité. Quoi de plus lumineux qu’une virée sur l’île de Porquerolles à bord d’un pittoresque bateau à moteur ? Dans un plan fixe devenu mythique, Suzanne se tient de dos, et arbore son teint hâlé, son chignon négligé et ses petits seins tout juste fermes. C’est une sereine impératrice des flots qui naît devant la caméra, scrutant son avenir. A l’horizon, une mer agitée. Le vent marin soulève pudiquement sa jupe immaculée. Tout y est. En fond sonore, c’est l’enivrant Klaus Nomi qui accompagne en vocalises orgasmiques la traversée. « Let me… » tonne-t-il à son oreille, comme un refrain sourd et profond qu’elle se chanterait elle-même. La liberté est en éclosion. Mais soudain, Suzanne se retourne et fixe la caméra. Elle sourit : des voyeurs la reluquaient copieusement. Décontenancés, ils détournent leur regard. Et le spectateur fait de même. Une sirène est née.

 

Liberté-Oléron – Bruno Podalydès (2001)

Copyright UFD

Comme chaque été, Jacques (Denis Podalydès) et toute sa petite famille se retrouve sur l’île d’Oléron pour leurs vacances idéales. Pourtant, l’ennui estival terrasse Jacques et il cède avec trop de facilité au caprice de l’enfant qui sommeillait en lui : s’offrir un voilier (minable) en s’endettant sur deux ans. Drôle d’idée pour un marin d’eau douce. Mais ce poète incompris a une « soif de liberté » inaltérable. Le père de famille embarque donc toute la joyeuse troupe sur Le Liberté-Oléron pour un petit tour. Règle n°1 :  Jacques est le seul maître à bord, après Dieu – ça va de soi. Évidemment, les choses tournent mal. Le moteur ne fonctionne plus, le dérivateur décide d’en faire des siennes… Jacques perd le contrôle de son nouveau joujou puis de ses nerfs. « Paré à virer, bande de cons ! », « Moi, je vous chie à la raie ». L’escalade des mots doux. L’expédition, censée apaiser les tensions familiales, les ravive : « J’ai un fils pédé et l’autre ne pense qu’à se masturber ! ». Dans son élan destructeur, Jacques démonte les voiles, pleure un bon coup puis blesse sa femme, trop plaintive à son goût. Et voilà que toute la famille finit à l’eau, et qu’elle chante la comptine “Trois petits chats” pour se réchauffer. Mais que diable sont-ils allés faire dans cette galère ?

 

 

Il était une fois dans l’Oued – Djamel Bensallah (2005)

Copyright COLLECTION CHRISTOPHEL

“Johnny (RIP) Leclerc” (Julien Courbey), c’est un nom bien franchouillard. Alsacien par son père, normand par sa mère. Pourtant, Johnny rêve du bled, son Algérie (quasi-)natale. Dans sa cité HLM, il se fait appeler Abdelbachir, pratique le Ramadan et s’invente orphelin d’un pays qu’il n’a jamais connu. Alors quand il est mêlé à de sombres histoires de caïds, l’Algérie devient son refuge. Ni vu ni connu, il embarque dans la voiture des parents de son ami Yacine (David Saracino), dans leur frigo plus précisément, transformé en remorque. Une fois arrivé sur le paquebot à Marseille, tout semble jouer contre Johnny qui a, en plus, oublié son passeport. Il rebrousse chemin, à la manière d’un clandestin. Debout sur le pont, il hume l’air marin tout guilleret et s’écrie : « Ça sent le bled, là hein ! ». Manque de bol, les côtes françaises sont encore visibles. Décidément, Johnny ne saisit pas l’histoire de ce paquebot, cimetière de larmes ravalées et d’espoirs chuchotés. Amère Méditerranée.