Yomeddine d’Abu Bakr Shawky – Compétition officielle

A dos d’âne

Dans une déchèterie à ciel ouvert, un homme marche seul. Depuis la disparition de sa femme, Beshay a l’esprit ailleurs. Il rêve de prendre la route, lui qui n’a jamais voyagé ni même quitté la léproserie. Il entasse alors ses biens dans une charrette de fortune et prend les rênes de son destin en main – un âne comme monture pour la grande aventure. Ce que Beshay cherche ? Sa source, ses racines, de la famille peut-être, quelque part. Road movie en désert égyptien, Yomeddine dresse le portrait touchant d’un homme que la lèpre a longtemps privé de contact avec le monde et qui, petit à petit, va renouer des liens avec lui. Accompagné dans sa quête par un jeune orphelin nubien avec lequel il forme un duo des plus atypiques, Beshay avance de péripéties en péripéties, des plus allantes aux plus bouleversantes. Abu Bakr Shawky signe un premier film à la sensibilité rafraichissante même si le scénario manque parfois de coutures solides et les cadres de tenue. Mais là où le film est le plus fort, c’est dans ce tableau pointilliste qu’il fait du pays à travers les yeux (neufs, naïfs) des deux protagonistes. La grâce, la misère, l’indifférence, la générosité, l’amitié, autant de maux et qualités filés par les situations (comiques ou dramatiques), et des personnages qui passent du rire aux larmes. Des fragilités à tous les niveaux (écriture, mise en scène, montage), cependant l’alchimie naturelle du duo Bashey/Obama (surnom donné à l’orphelin) l’emporte.

Réalisé par Abu Bakr Shawky. Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy… Durée : 1H37. En salles prochainement.