22e édition des Œillades d’Albi : Journal de bord, épisode 2 et palmarès

FrenchMania, partenaire de la 22e édition des Œillades d’Albi, vous en livre le palmarès ! Et en bonus, nos deux derniers coups de cœur, Meltem de Basile Doganis, et Kinshasa Makambo de Dieudonné Hamadi. 

  • Prix du Public Long Métrage : LES INVISIBLES de Louis-Julien Petit
  • Prix du Public Court-métrage : UN RÉFLEXE de Zulma Rouge
  • Prix du Public des jeunes collégiens du Court-métrage : AUGUST de Olivia Baum
© Chloé Kritharas Devienne

MELTEM de Basile Doganis

Identités

La première image est aquatique, située sous la ligne de flottaison intime. Une jeune femme, en position fœtale, se remémore en voix off un adage que lui répétait en boucle sa mère. Après cette introduction poétique, la réalité reprend ses droits. Nous sommes en 2015. Elena, française d’origine grecque, débarque sur l’île de Lesbos accompagnée de ses deux collègues en hôtellerie pour passer les vacances dans la maison de son adolescence qu’elle espère vendre après ce séjour. Si la mère d’Elena – à qui appartenait la maison – est décédée, cette demeure reste habitée par son beau-père avec qui la jeune femme a des rapports plus que tendus. Ses deux amis, Sekou et Nassim, tous deux d’origine africaine (l’un du nord, l’autre de l’est), comptent, malgré l’ambiance, profiter des vacances. C’était sans compter sur l’arrivée du Meltem, vent tant redouté dans la région, symbole ici de toutes les crises, intimes, économiques et migratoires. La rencontre des trois héros avec Elyas, jeune Syrien migrant sans papier, va alors bouleverser leur été. A travers ce premier long métrage, le réalisateur franco-grec dont les deux courts Le gardien de son frère (2012) et Journée d’appel (2014) avaient déjà fait sensation, nous plonge au cœur du réel, matière rugueuse et plurielle dans laquelle s’illustrent plusieurs thèmes croisés (le deuil, l’identité, les racines, les migrations), tout en mêlant les registres – le film commence comme une comédie puis son rythme change, le profil du drame se dessine, les vacances se mettent à rimer avec prise de conscience. Mention spéciale pour les jeunes comédiens de cette fiction pleine de bonnes intentions : Daphné Patakia (Djam), Rabah Naït Oufella (Grave, Nocturama, Patients), Lamine Cissokho (Tamara) et Karam Al-Kafri (vrai réfugié palestinien), visages du cinéma francophone à suivre.

Durée : 1h27. GRÈCE/FRANCE – Prochainement en salles

Alva Films

KINSHASA MAKAMBO  de Dieudonné Hamadi

Casse-tête à Kinshasa

Tout commence en 2015. Le réalisateur et documentariste congolais prévoit de tourner à Kinshasa en vue des élections présidentielles. La tournure que vont prendre les événements (report des élections par la commission électorale) lui fait changer de perspective. Il s’emploie alors à convaincre trois jeunes activistes kinois, du côté de l’opposition, de le laisser les suivre afin de filmer leurs combats contre l’injustice dont est victime tout le pays. Voilà donc le spectateur plongé dans le tumulte des manifestations. La caméra est au cœur de l’action, chahutée par l’agitation de la rue, les tirs à balles réelles, les gaz lacrymo, les bruits de pas de course et des moteurs de scooter. Le cinéaste suit au plus près Ben, rassembleur des foules prêt à tous les sacrifices, Christian, adhérent au grand parti d’opposition, et Jean-Marie, qui continue de protester contre les autorités malgré les tortures qu’elles lui ont déjà fait subir lors d’un passage en prison. La structure linéaire met en lumière les nombreuses dissensions, les choix stratégiques différents, les réunions laborieuses, les dangers mortels encourus dans la lutte, et le nom d’Étienne Tshisekedi, leader emblématique du mouvement, décédé le 1er février 2017 d’une embolie pulmonaire, catalyseur de l’opposition. Jusqu’en janvier 2017, tel un reporter de guerre sur le terrain, Hamadi filme courageusement la tension qui monte crescendo et la violence qui se multiple au gré des soulèvements du peuple congolais venu réclamer plus de démocratie. Il dresse un vibrant hommage à la lutte renforcé par le carton final : «Un jour, l’histoire du Congo ne s’écrira plus à l’ONU, Washington, à Paris où à Bruxelles, mais dans les rues de Mbandaka, de Kinshasa, de Kisangani…Ce sera une histoire de gloire et de dignité ». Cette œuvre choc étend sa réflexion au-delà des territoires congolais pour livrer en filigrane un constat rempli d’amertume sur des situations politiques similaires dans le reste du continent africain.

Durée : 1h25. ALLEMAGNE/CONGO/FRANCE/SUISSE/QATAR/NORVEGE– Prochainement en salles