3 bonnes raisons d’aller voir “Les Confins du monde”

La moiteur de l’Indochine, l’horreur de la guerre, un trip hallucinatoire qui mêle désir, vengeance, sexe et mort. En salles depuis mercredi, le nouveau film de Guillaume Nicloux est la plus belle surprise de cette fin d’année. FrenchMania vous donne 3 bonnes raisons de vous précipiter en salles pour découvrir Les Confins du monde.

1 / Un réalisateur libre et inspiré

Guillaume Nicloux est un cinéaste venu du théâtre et de l’écriture et très porté sur un cinéma dit de recherche. Il a déjà tourné 3 courts et 2 longs métrages (sélectionnés à Berlin et à Cannes) quand il se fait un nom auprès du grand public grâce à son adaptation du polar culte Le Poulpe avec Jean-Pierre Darroussin en 1998. Suivra une trilogie de films noirs (Une Affaire privée avec Thierry Lhermitte, 2002, Cette Femme-là avec Josiane Balasko, 2003 et La Clef avec Guillaume Canet et Vanessa Paradis en 2007). Après des films ambitieux comme Le Concile de Pierre ou son remake de La Religieuse d’après Diderot, son cinéma ose explorer des zones moins codifiées, lui permettant des chemins de traverse qui rappellent ses débuts expérimentaux avec des complices de renom que ce soit Houellebecq (L’enlèvement de Michel Houellebecq), ou encore Huppert et Depardieu (Valley of love avec les deux stars puis The End avec Depardieu seul). Avec Les Confins du monde, il semble avoir trouvé son territoire de cinéma : une grande beauté formelle, un paysage mystérieux et indomptable et des personnages voués à l’introspection et aux obsessions, mus par des combats intérieurs. C’est à ce jour son meilleur film, sa grande œuvre.

2/ Indochine/Vietnam, cinéma et imaginaire

Les “films de guerre” se déroulant en Extrême-Orient ont en commun, que l’imaginaire soit américain (Vietnam, Corée) ou français (Indochine), de mettre en contact des personnages sur un terrain hostile qui, chacun, suit une voix intérieure propre, intègre à sa façon cet environnement nouveau et mouvant, selon des priorités personnelles motivées par des pulsions ultimes et fortes de vie, de désir et de mort. Les Confins du monde porte (même en son titre) cette voix intérieure particulière, cette construction romanesque qui laisse éclore des sentiments inhabituels, qui révèle la nature profonde des êtres quand ils se retrouvent plongés dans cet engrenage malsain qu’est la guerre. C’est dans cet imaginaire cinéphile que s’inscrit ce film virtuose qui intègre immédiatement, via sa puissance immersive et hypnotique hors-du-commun, notre panthéon du genre.

3/ Gaspard Ulliel, l’intense et Guillaume Gouix, le caméléon

Acteur à part, souvent mutique et passeur d’une vie intérieure foisonnante (Saint Laurent, Juste la fin du monde), Gaspard Ulliel est idéal dans Les Confins du monde. Son visage, sa voix, sa félinité, tout opère pour faire de Robert Tassen ce soldat en quête de vengeance qui va être bouleversé par sa rencontre avec Maï, une jeune prostituée locale (merveilleuse découverte que celle de la comédienne qui débute ici Lang-Khê Tran). Guillaume Gouix incarne la figure du confident d’infortune, de celui que les hasards d’un conflit ont mis sur la route de Tassen, son ami de circonstance. Une fois de plus, il est impressionnant de justesse et d’émotion. On ne dit jamais assez à quel point Gouix est un acteur immense. Quelques soient ses personnages et leurs terrains de jeu (Poupoupidou, Jimmy Rivière, Hors les murs, Attila Marcel, Chez nous ou, dès le 13 février prochain, Les Drapeaux de Papier), il surprend à chaque fois, se réinvente. Il est ici le partenaire terre-à-terre, goguenard, bavard (et pourtant secret) d’un Gaspard Ulliel en apesanteur.

Photo/Crédit : Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix dans Les Confins du monde/Copyright Ad Vitam