Alice et le maire de Nicolas Pariser

Bon élève

Copyright Bac Films

Paul Theraneau, le maire de Lyon, est au plus bas. Pas dans les sondages, c’est le moral qui est ici atteint. Après trente ans de vie politique, il se sent soudain inutile, à court d’idées, lui qui en avait une à la seconde, complètement vide. Pour se remplir à nouveau, il fait appel aux services spéciaux d’Alice Heimann, jeune professeure de philosophie qui ne connaît rien de l’appareil politique et qui va devoir stimuler son esprit. Deux générations se rencontrent donc sous l’oeil de Nicolas Pariser qui signe ici une œuvre classique et confortable – voire un peu pantouflarde – où la pensée est faite action. Le titre sent le Rohmer à plein nez – clin d’œil à L’Arbre, le maire et la médiathèque, où Luchini jouait 26 ans plus tôt un instituteur enflammé. Le principal atout du film, c’est évidemment le duo Fabrice Luchini/Anaïs Demoustier réuni pour la première fois à l’écran et dont émane autant de complicité que d’ambiguïté. Luchini, plus sobre qu’à son habitude, se glisse dans la peau du maire, jouant les idoles en déclin. Sa mine, défaite, en dit long sur la crise que son personnage traverse. Il incarne, de toute sa superbe, l’affaissement prématuré des idéaux de gauche, l’impasse dans laquelle se trouve sa famille politique dont il ne reste que les contours d’un costume. Quant à Demoustier, elle est aussi solaire que naturelle, prêtant à Alice sa voix et son regard pétillant. Cependant, Nicolas Pariser, qui avait précédemment réalisé Le Grand Jeu, n’évite pas certains écueils, surtout en ce qui concerne son personnage féminin dont le comportement détonne parfois avec les idées et convictions qu’il charrie.

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Si le match des idées se suit avec intérêt, si le tableau que compose le réalisateur de ce microcosme politique lyonnais est précis et personnel, il manque à Alice et le maire ce petit quelque chose qui distingue un bon film d’un grand film. La fable politique existe plus que la réflexion ironique qui faisait tout le sel de L’Arbre, le maire et la médiathèque. Il y a ici beaucoup plus de rondeur, beaucoup moins de hasard et d’humour, et ce qu’il reste de la vision du film est essentiellement lié au jeu des acteurs. Leur direction est magistrale, ça ne fait pas un pli, et même les seconds rôles existent. Alice et le maire affirme de manière très claire sa filiation avec le cinéma d’auteur français des années 70, Rohmer en tête, mais Sautet aussi, cinéaste-peintre de la bourgeoisie des années 70, tandis que Pariser croque celle d’aujourd’hui. A tous les niveaux, la copie est propre; elle est celle du bon élève, mais pas du premier de la classe.

Réalisé par Nicolas Pariser. Avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Nora Hamsawi, Maud Wyler… Durée : 1H43. En salles le 2 octobre 2019. Bac Films. FRANCE.