En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui

Dessine-moi l’Algérie

D’après le dicton, les hirondelles font le printemps. Pourtant, les personnages du premier long métrage de Karim Moussaoui avancent d’espoir déçu en espoir déçu. A travers trois histoires filées avec justesse et précision, le réalisateur met en scène ce qui l’interpelle dans la société algérienne contemporaine, là où ça coince encore, en ville et dans les terres. Chaque récit figure un motif, la mosaïque des problématiques qui pèsent de génération en génération : corruption, patriarcat, stigmates de la sale guerre. Karim Moussaoui et Maud Ameline, co-scénariste, racontent tout à tour l’histoire d’un promoteur immobilier qui veut rester intègre, d’un jeune homme contraint de laisser filer l’amour de sa vie et d’un médecin rattrapé par son terrible passé. Au milieu, les femmes. Des mères, des filles, des épouses, résignées, esseulées ou outragées. Le film débute par un plan d’ensemble, sur une voiture en marche. Un premier élan. Si le pays stagne toujours, le cinéma de Moussaoui, lui, privilégie le mouvement et ses articulations. La mise en scène, ample, gracieuse, est piquée d’instants poétiques, d’intermèdes enchanteurs, comme cette scène de danse en plein désert qu’on pourrait croire sortie d’un film de Carax. Personnage à part entière, la musique est à l’image de l’Algérie dépeinte par Moussaoui, entre modernité et classicisme, entre guitare sèche, guitare électrique et violoncelle. Cordes sensibles. Présenté en sélection Un Certain regard à Cannes en 2017, En attendant les hirondelles fait dialoguer le fond et la forme, l’intime, les illusions et les désillusions. Le casting n’est pas en reste – tous les comédiens et comédiennes sont formidables. Un premier film, un sans faute.

Réalisé par Karim Moussaoui. Avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Aure Atika … Durée : 1H53 – FRANCE