Au poste ! de Quentin Dupieux

(Un)Usual Suspect

A la lecture du synopsis, on pourrait croire à un remake de Garde à vue de Claude Miller : un poste de police et un tête-à-tête entre un commissaire et son suspect. Sauf qu’évidemment le film est signé Quentin Dupieux, le commissaire est interprété par Benoît Poelvoorde, le suspect par Grégoire Ludig, et la loufoquerie se substitue au sérieux traditionnel du polar français. Après quatre films tournés aux États-Unis en langue anglaise, Dupieux rentre au bercail et installe son nid entre quatre murs gris-beige et une montagne de dossiers non-classés. Bye bye palmiers, policiers en short (Wrong Cops) et villa avec piscine (Réalité), bonjour col roulé – à la mode Belmondo dans Peur sur la ville – et moquette blèche. Sur les bras des personnages donc, un cadavre, et dans la tête du commissaire Buron (Poelvoorde), un doute. Fugain (Ludig) est-il coupable ou innocent ? Est-ce un assassin négligeant – son fer à repasser a été retrouvé à côté de la tête fendue du mort – ou un idiot poissard ? A mesure de l’interrogatoire (constamment interrompu), l’histoire se dessine. Mais, comme toujours chez Dupieux, le vrai et le faux s’emmêlent, la courbe du temps se dérègle et les valeurs se renversent. Dans Au poste !, la banalité devient danger. La routine de Fugain, les détails anodins et assommants qui remplissent sa vie sont autant d’éléments à charge contre lui. Un type chiant est forcément un type louche. Ce n’est pourtant par la résolution de l’enquête qui intéresse ici le réalisateur/scénariste/ directeur de la photographie/monteur, mais bien le tour sur elle-même que fait cette histoire jamais statique. As de la pirouette, Dupieux a l’usage habile de la figure et de parfaits danseurs, ici, pour l’exécuter. Le duo Poelvoorde-Ludig fonctionne du tonnerre, armé de dialogues ultra efficaces et soutenu par des personnages secondaires tous plus drôles les uns que les autres. Ainsi, on se plie en deux lorsque Buron – à qui un collègue propose de voir King Kong – avoue ne pas être d’humeur pour un film chinois. Au poste ! est à l’image de sa séquence d’ouverture : burlesque. Un homme en slip rouge mène à la baguette un orchestre symphonique qui joue en pleine nature tandis qu’une voiture de police, gyrophare actif, débarque dans le champ, mettant fin aux activités du mélomane… Vous avez dit absurde ?

Réalisé par Quentin Dupieux. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Anaïs Demoustier, Orelsan… Durée : 1H13. En salles le 4 juillet 2018. FRANCE.