AVA / Semaine de la critique

Grandir

Quand au début des vacances on apprend qu’on devient aveugle plus vite que prévu et qu’on a 13 ans, c’est le monde entier que l’on voit différemment. Alors l’ado Ava va s’évader de sa vie d’avant : en piquant le chien d’un jeune gitan (et plus si affinités), en mentant à sa mère sauf pour lui balancer quelques vérités qui font mal. Léa Mysius ose une chronique à la fois sombre et solaire, un portrait de femmes saturé de couleurs et de désirs. Elle révèle au passage une comédienne novice et écorchée, Noée Abita, et offre à l’immense Laure Calamy son plus beau rôle, celui d’une mère aimante et maladroite, comme toutes les mères. Mais ce premier film n’est pas qu’une chronique d’été baignée de la lumière des plages landaises, il porte également en son cœur le climat social d’un pays en proie au repli. La peur de l’autre, le rapport au corps, l’ordre, la loi et la morale ne sont pas ici que des illustrations des tourments adolescents, ils sont les symboles forts d’une époque qui ne questionne la liberté qu’à l’aune des risques. Dans sa quête de liberté, Ava est à contre-courant, agit sur des coups de tête, se cogne contre les murs de la société ou de la police montée. Elle se découvre, s’affirme et grandit. La réalisatrice Léa Mysius, avec ce premier film incandescent, a fait les trois d’un coup.

 

Réalisé par Léa Mysius. Avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano. Durée : 1h45. En salles le 21 juin 2017.