Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch

Ce qui nous lie

C’est à Phnom Penh, dans ses faubourgs, que Nathan Nicholovitch, cinéaste français, a posé sa caméra. Avant l’aurore, son deuxième long métrage, met en scène trois personnages écorchés : Mirinda, prostitué français, travesti la plupart du temps, Judith, reporter qui enquête sur le passé Khmer de la ville, et Panna, petite fille maltraitée, mutique et intrigante, à la recherche d’un lit pour dormir. Trois personnages de trois générations différentes dont les vies vont se heurter les unes aux autres avec fracas. Le geste de cinéma est radical. La caméra, portée, capture les scènes d’un quotidien âpre, cru et violent, le cadre, resserré, l’expression des visages, les sentiments qui les traversent et les scindent. Nathan Nicholovitch n’épargne pas son spectateur, lui communiquant la détresse des situations décrites sans pour autant sortir les violons habituels qui les pleurent. La démarche quasi documentaire du film, le naturalisme du jeu des comédiens, sont les points forts de cette chronique morcelée qui parle tout à la fois d’exclusion, de misère sociale, de violence sexuelle, de course à l’apparence (la chirurgie plastique est un sport national), de silence coupable ou forcé, d’injustice, de mafia et d’amnésie historique. Si le premier tiers se tient impeccablement, les deux autres sont traversés par certaines longueurs embêtantes, voire déroutantes, qui affectent la tenue générale du film. Malgré tout, Avant l’aurore s’accroche. David D’Ingéo, qui joue Mirinda, est magnétique. Son allure, sa silhouette, ses joues creuses, son regard bleu et sa manière si féminine de fumer ses clopes roulées à la cowboy concentrent l’état de fascination que le comédien comme son personnage exercent. Toute la difficulté d’un film comme celui-ci est de réussir à ne pas tomber dans la surenchère ou dans le misérabilisme. Nathan Nicholovitch évite ces écueils. Les fragilités sont certes palpables, le montage est irrégulier et le point de vue vacille, cependant Avant l’aurore est ponctué de moments de grâce et d’idées de cinéma subtiles. C’est avant tout le portrait de Mirinda qui reste, et l’incarnation de ce personnage par ce comédien inconnu jusqu’alors qui mérite la lumière.

Réalisé par Nathan Nicholovitch. Avec David D’Ingéo, Panna Nat, Viri Seng Samnang… Durée : 1H45. En salles le 19 septembre 2018. FRANCE 

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