Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, en compétition officielle.

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Fort Apache meets Delivrance

Les temps sont durs pour le cinéma brésilien depuis l’élection de Bolsonaro – Beatriz Seigner, réalisatrice de Los Silencios, nous en parlait déjà le mois dernier. « Je suis à la fois heureux et un peu triste, parce que cette deuxième sélection à Cannes arrive justement à un moment très étrange pour notre cinéma, qui était sur une pente ascendante, et vit aujourd’hui une grave crise » a déclaré Kleber Mendonça Filho dans une interview à l’AFP quelques semaines avant la projection de Bacurau, co-réalisé avec Juliano Dornelles, western futuriste qui fait de l’acte de résistance un motif et un moteur. L’intrigue se déroule dans une région semi-aride et très pauvre du Nord-Est brésilien. Un petit village (imaginaire) est tout entier sous l’émotion de la mort d’une de ses plus vénérables habitantes, Carmelita. A peine le temps de porter le deuil que le politicard du coin se pointe pour annoncer les élections prochaines à ces villageois privés de tout, et d’eau surtout. Leurs voix, il ne les aura pas. Débute alors la bataille des habitants de Bacurau contre le reste du monde, c’est-à-dire des snippers américains et des drones en forme de soucoupes volantes (si, si). Du côté des minorités toujours, Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles imaginent ensemble un conte à ciel ouvert où se rejoue le mythe de David contre Goliath. Le mot d’ordre : mutinerie. Le format : panoramique (caméra en mouvement pour couvrir le champ).

D’autres figures mythiques – celles du cinéma américain entre autres – inspirent la toile de maître : John Ford, John Carpenter (période Assaut), John Boorman (Delivrance), George Lucas (le film démarre dans les étoiles)… C’est comme si tous ces cinéastes s’étaient donnés rendez-vous dans ce long métrage ébouriffant et mystique, hommage au cinéma de genre (SF, slasher, survival, western et western spaghetti) autant qu’œuvre politique flamboyante (impossible de faire fi du contexte actuel comme de l’histoire de la société brésilienne). On retrouve Sonia Braga, héroïne d’Aquarius, les cheveux blancs mais toujours le poing levé. Le ton est enlevé, la surprise naît de chaque plan, quant à la BO, elle est divine. On rit, on sursaute, on a peur, on jubile. “Créer, c’est résister. Résister, c’est créer” écrivait Stéphane Hessel dans Indignez-vous. La preuve par Bacurau.

En salles le 25 septembre 2019