Berlinale X FrenchMania, épisode 2 : Faire simple

Deuxième salve de films français présentés à la 70ème Berlinale pour ce deuxième épisode de notre reportage en direct de Postdamer Platz avec Police d’Anne Fontaine en séance spéciale hors-compétition, Irradiés de Rithy Panh en compétition officielle, et, au Panorama, le réjouissant A l’abordage de Guillaume Brac, ainsi que deux magnifiques documentaires queer : Si c’était de l’amour de Patric Chiha et Petite fille de Sébastien Lifshitz.

Anne Fontaine, qui s’est attaquée en une quinzaine de longs métrages à des territoires de cinéma variés avec plus ou moins de bonheur, adapte avec Police, présenté en projection de gala, hors-compétition, le livre éponyme d’Hugo Boris. Sans la première partie qui tente de pénétrer l’intimité des trois protagonistes interprétés (très justement) par Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois, à coup d’inutiles et artificielles reprises de scènes à multiples points de vue, le film aurait gagné en intérêt et en profondeur. La deuxième partie qui met nos trois flics dans un cas de conscience dans le quasi huis-clos de leur fourgon aux côtés d’un migrant tadjik qu’ils doivent “raccompagner” à Roissy afin qu’il soit expulsé (l’acteur iranien Payman Maadi est impressionnant) est beaucoup plus intéressante et aurait permi de se concentrer sur l’essentiel sans avoir à recourir à des poncifs sociologisant (la femme qui doit avorter, l’amant collègue, l’alcoolique et sa femme tyrannique et shootée aux médocs, …). Rithy Panh, lui aussi, cède aux artifices et noie son propos. Le documentariste franco-cambodgien revisite les images de guerre, de charniers, de massacres, dans un ronflant dispositif en split-screen aux allures de triptyque, reconstitué l’agonie des irradiés des bombes atomiques et, parallèlement, suit la reconstitution minutieuse d’une miniature en forme d’hommage familial. C’est sentencieux et, plus d’une fois, assez complaisant.

La simplicité du cinéma français, c’est du côté de la belle section Panorama qu’il fallait la chercher avec, pour la fiction, le nouveau film de Guillaume Brac, A l’abordage, qui met en scène un trio de fortune et d’infortunes (deux potes du 93 et un petit bourge qui les prend en covoiturage) qui se retrouve à “devoir” passer quelques jours de vacances au camping. C’est l’anti-Fabien Onteniente ! Les personnages sont modernes et charismatiques, les situations, drôles et crédibles et le récit mené tambour battant offre des moments presque magiques de simplicité et de fraternité. C’est sans nul doute le film le plus charmant de cette Berlinale !

Le ballet Crowd dans Si c’était de l’amour de Patric Chiha – crédit Aurora Films

Côté documentaires, Panorama a aussi frappé fort avec deux bijoux : le sublime Si c’était de l’amour de Patric Chiha (récompensé hier soir du Teddy Award du documentaire et en salles dès mercredi prochain) suit une troupe de danseurs qui répètent et jouent en tournée la pièce chorégraphique de Gisèle Vienne, “Crowd”, qui s’inspire des raves de la fin du XXème siècle. A travers ce spectacle qui met l’intimité de chacune et de chacun au service du moment, c’est dans les coulisses que la caméra de Patric Chiha se faufile, témoin amoureuse d’instants fugaces d’émotion, de rire, de vie à la fois légers et intenses qui nourrissent les images de danse d’une belle intensité. Sébastien Lifshitz, avec Petite Fille, reprend le fil de son travail documentaire qui a érigé la simplicité au rang de valeur cardinale (Les invisibles, Bambi, Les vies de Thérèse, ou Adolescentes en salles le 25 mars prochain) en faisant le portrait, toujours à la bonne distance, de Sasha, petite fille transgenre de 8 ans et de sa famille aimante et combattive. Le documentaire est sensible, intelligent et d’une grande force dans ce qu’il dit des blocages persistants de la société française quand au sujet de la transidentité. Trois films qui travaillent simplement sur la complexité des émotions et qui, chacun à sa façon, apportent douceur et humanité.