Dans la brume de Daniel Roby

Tout est chaos à côté

Un film de SF français, c’est suffisamment rare pour intriguer. Un film de SF français dont l’action se déroule à Paris, ça l’est encore plus. La capitale, Romain Duris – ici Mathieu – la connait bien, lui qui jouait le personnage principal de Paris de Cédric Klapisch (2008). Un Parisien gravement malade qui se demandait s’il allait survivre. De survie, il est toujours question dans ce nouveau film de Daniel Roby, réalisateur québécois, mais c’est la fille de Mathieu qui est malade, atteinte d’un syndrome singulier qui l’oblige à vivre dans une bulle en plexiglas alimentée en électricité. S’il est séparé de sa femme (Olga Kurylenko), Mathieu est un père aimant et attentionné qui n’a qu’un souhait : pouvoir un jour serrer sa fille dans ses bras. Soudain, la terre tremble, et un gaz s’échappe des bouches de métro. Paris est envahi d’une épaisse brume tueuse. Les gens tombent comme des mouches, aucun service public ne fonctionne, c’est le chaos – vu depuis le balcon du dernier étage d’un immeuble haussmannien. Protégée par sa bulle, Sarah semble hors de danger. Ses parents doivent en revanche prendre de la hauteur pour échapper au brouillard. Leur point de chute : l’appartement – sous les toits – d’un couple de retraités, quelques étages au dessus de la chambre de Sarah. Trois générations à l’écran (junior, quadra, senior) et une intrigue répartie sur quatre niveaux : la chambre de Sarah, le salon de Lucien et Colette, les toits et les rues de Paris, condamnées. Les fantômes de The Mist et Phénomènes planent dans ce film qui n’a pas le budget des superproductions américaines. Ce que Roby invente alors, c’est le survival de salon (bourgeois). Pourquoi pas. Le hic, c’est le manque d’épaisseur des personnages – et l’embarras des acteurs à les incarner. Le drame intimiste (qu’on a vu tant de fois) prend le pas sur le film de SF, ces deux genres ayant du mal à se diluer l’un dans l’autre. “Retenez votre souffle” peut-on lire sur l’affiche du film. Pourtant, Dans la brume n’a pas grand chose d’oppressant – le caractère mièvre des dialogues et de certaines situations désamorçant la tension constamment. Romain Duris, Arthur dans Peut-être (de Klapisch toujours), vivait dans un Paris ensablé. Neuf ans plus tard, c’est une capitale mangée par un dangereux nuage à l’origine inconnue qu’il doit affronter. Homme de dystopie un jour…

Réalisé par Daniel Roby. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin… Durée : 1H29. En salles le 4 avril 2018. FRANCE.