Cannes 2019 : On a vu Litigante, Les Misérables et Le Daim

Le premier a fait l’ouverture de La Semaine de la Critique, le deuxième est un premier long métrage sélectionné en compétition officielle et le troisième a lancé les festivités à la Quinzaine des réalisateurs. Nous avons vu Litigante de Franco Lolli (coproduction FR), Les Misérables de Ladj Ly et Le Daim de Quentin Dupieux. Trois films qui nous ont tapé dans l’œil.

Litigante de Franco Lolli


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Après Gente de bien, un premier film au plus près de ses souvenirs d’enfance, Franco Lolli poursuit son geste de cinéma introspectif, offrant ici à sa propre mère (Leticia Gomez) un rôle essentiel, elle qui luttait alors contre un cancer au moment où le film s’écrivait. Elle est dans Litigante maman d’une femme de 40 ans, avocate et mère célibataire (formidable Carolina Salin) dont Lolli fait le portrait sans fard. “Une femme forte” comme il aime à la décrire qui vit un moment charnière de son existence, mise à mal par la peur de perdre celle qui lui a donné la vie et qui ne veut plus se battre contre la maladie. La relation mère-fille est donc au centre de cette histoire sensible qui fait de la transmission l’un de ses principaux enjeux. Ce qui nous lie, ce qui nous définit, ce qui nous nourrit, Litigante le raconte avec grâce et justesse, jonglant avec nos émotions jusqu’à nous laisser une fois le générique de fin tombé entre un sourire et des larmes.

Les Misérables de Ladj Ly


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Une immersion de moins de 48H dans le quotidien d’une nouvelle recrue de la BAC de Montfermeil, cité où a grandi le réalisateur, tel est le parti pris. Au plus près du réel, comme dans la série The Wire, Ladj Ly prolonge ici le travail entrepris dans son court métrage Les Misérables, primé dans plusieurs festivals. Le choix du titre n’est pas qu’une simple coquetterie. La référence à Victor Hugo fait sens, lui dont le constat était clair : “Il n’y a pas de mauvaises herbes, seulement de mauvais cultivateurs”. Selon le cinéaste, rien n’a changé, la situation est toujours la même, désespérante. La misère est partout, et elle est aussi morale. Il faut avoir l’estomac bien accroché, car le film physiquement nous attrape. C’est un vol (celui d’un lionceau de cirque) qui va mettre le feu aux poudres et faire perdre le contrôle à ceux qui sont sensés être les garants de la paix et de l’ordre. Évidemment, tout explose, l’engrenage de la violence est inévitable – une violence verbale, psychologique et physique. Si Les Misérables capte définitivement l’air du temps et sonne l’alarme, certains points accrochent, comme l’invisibilisation des femmes dans la cité, sujet évacué (il n’y a que des hommes qui se traitent de “pédés”). Reste ce final – dont on ne dira rien hormis qu’il est le véritable moment choc de ce premier film sans concession porté par de formidables comédiens et accompagné d’une bande-son électro vibrante.

Le Daim de Quentin Dupieux


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Ce qui nous surprend toujours chez Quentin Dupieux, c’est sa manière si habile d’emmener ailleurs les acteurs populaires qu’il dirige dans ses films (Eric Judor, Alain Chabat, Grégoire Ludig), hors de leur zone de confort. C’est le cas ici encore avec Jean Dujardin, obligé de laisser aux vestiaires ses manières de dandy cabot. Nouveau départ donc pour l’acteur qu’on découvre sous un jour plus inquiétant, entre le sociopathe et le psychopathe. Tout commence par l’achat d’une veste en daim dont le personnage de Dujardin tombe follement amoureux et avec laquelle il va nourrir de grands projets diaboliques. La forme du film est pure et passionnante – le journal intime et vidéo d’un homme qui bascule dans la folie. Puis, il y a Adèle Haenel qui offre une autre couleur à ce film noir et ouvre le cinéma de Dupieux au féminin. Étrange, rugueux et maîtrisé de bout en bout, Le Daim est sûrement le film le plus personnel du cinéaste et, malgré sa courte durée, le plus ambitieux.