Capharnaüm de Nadine Labaki

 Être né quelque part

Plaidoyer en faveur des enfants maltraités, Capharnaüm nous conduit jusqu’à un tribunal de Beyrouth où se tient un procès des plus étonnants. Zain, 12 ans d’après les médecins (pas d’acte de naissance pour en attester), attaque ses parents en justice. Leur faute ? Lui avoir donné la vie. Immédiatement, la gorge se noue. Nadine Labaki va alors remonter le fil de cette affaire de famille et nous plonger – en caméra portée –  dans le quotidien chaotique et éprouvant de ce garçon en rébellion, traumatisé par le sort que ses parents ont choisi de réserver à sa petite sœur adorée, claquant la porte d’un foyer qui n’a jamais porté son nom. Capharnaüm – dont le titre est évocateur – peut s’appréhender comme une déclinaison moderne des Misérables de Victor Hugo – on y retrouve les principaux personnages, des Thénardier (les parents de Zain, violents et corruptibles, des sans-papiers libanais) à Fantine (Rahil), jeune maman qui croise la route de Zain, prête à vendre ses mèches de cheveux pour faire vivre son bébé. Zain, c’est évidemment Gavroche, le garçon des faubourgs abandonné par les Thénardier, couple aux cinq enfants battus ou vendus. Cette fiction romanesque qui longe le réel (nombreux travellings) assume son caractère émotionnel. Nadine Labaki nous cueille non seulement par l’histoire rapportée – difficile de rester de marbre face à la détresse de ces enfants engloutis par la crasse de ce monde -, mais aussi par la mise en scène. La réalisatrice ne choisit pas entre les codes du documentaire, ceux du mélo classique et parfois même du film d’action, elle les embrasse. Reconnaissons au film quelques écueils et facilités, notamment dans l’usage de la musique, parfois lourd, parfois dispensable. Cependant, Capharnaüm parle un langage audible de tous, sans cynisme aucun. Un sujet fort, un acteur non professionnel, Zain Alrafeea, à couper le souffle, des plans aériens sur Beyrouth, ville asphyxiée par les inégalités et la misère toujours grandissante. Où est l’espoir ? C’est toute la question que pose Capharnaüm. Aux spectateurs de trouver leurs réponses.

Réalisé par Nadine Labaki. Avec Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Boluwatife Treasure Bankole … Durée : 2H03. En salles le 17 octobre 2018. LIBAN – FRANCE.

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