Carré 35 d’Eric Caravaca

L’image manquante

Voilà un documentaire renversant. Eric Caravaca, l’acteur, ici réalisateur et narrateur, enquête sur un secret de famille. Il remonte le fil d’une histoire aux zones grises, d’une histoire amputée d’un de ses chapitres, hantée par la disparition et la décolonisation. Quelque chose cloche avec les dates, avec les faits rapportés, les archives, les pièces d’état civil, les photos des albums. Une image manque. Avec toute la pudeur qui le caractérise, Caravaca nous entraine en terrain intime, jusqu’à Casablanca  où ont vécu ses parents, chrétiens d’origine espagnole. C’est dans un cimetière d’enfants qu’il trouvera la réponse aux questions qui le tourmentent : l’existence d’une sœur aînée dont ses parents n’ont jamais parlé. Pour empêcher que Christine, cette sœur inconnue, ne soit à jamais engloutie par le déni d’un père et d’une mère, aujourd’hui âgés, qui ont la mémoire de plus en plus trouée, Caravaca en inscrit le souvenir et la réalité sur pellicule. Christine n’est plus dans les limbes. Forcément, les larmes montent. Le geste est aussi bouleversant que l’histoire. Le geste de la commémoration d’un frère. Délicat, poétique même. Carré 35 est un film précieux, un film rare qui rappelle, à travers le témoignage des parents de Caravaca, la profondeur des blessures causées par la guerre et les colons, les fractures incurables, et les névroses résistantes. La petite histoire rejoint la grande. Les images sont parfois plus puissantes que les mots, et celles d’Eric Caravaca restent, comme ces vagues qui mettent en mouvement l’océan, allégorie de la mémoire vive.

Réalisé par Eric Caravaca. Durée : 1H07. En salles le 1er novembre 2017. FRANCE