C’est ça l’amour de Claire Burger

Ne me quitte pas

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Depuis quelques temps, le monde de Mario (Bouli Lanners) ne tourne plus rond. Sa femme l’a quitté et n’habite plus à la maison. C’est seul désormais qu’il doit s’occuper de leurs deux filles adolescentes, Frida, 14 ans,  remontée contre son père qu’elle désigne comme le responsable de l’implosion du foyer, et Niki, 17 ans, qui tente de faire tampon. Contrairement à Nos Batailles de Guillaume Senez (2018) qui allait jusqu’à faire disparaître l’épouse du champ, Claire Burger, avec la subtilité qu’on lui connaît – elle a co-réalisé avec Marie Amachoukeli et Samuel Theis  le très beau Party Girl – ramène tout à celle-ci. D’abord parce qu’elle obsède Mario, ensuite parce que l’on cherche bien sûr à comprendre ce qui a motivé son départ. La réponse n’est pas un mystère, elle est claire et audible : le besoin d’air, le besoin d’accomplir des choses pour et par soi-même, après vingt ans au service des autres. C’est ça l’amour vise juste, déroulant les sentiments les plus fous et les plus amers. Sans chercher à tirer les larmes, le premier long métrage de Claire Burger en solo nous submerge, tant par la force de son récit que par la délicatesse du point de vue qu’adopte la réalisatrice. Comme la mise en scène, le jeu des comédiens et comédiennes est sans esbroufe, toujours sur le fil. Bouli Lanners (Le Grand soir, Tueurs, Chien) n’a jamais été aussi touchant, et la détresse de son personnage nous inquiète autant qu’elle nous transperce. Quant aux personnages féminins, ils sont pleins de grâce et de vérité. Intime, pudique, C’est ça l’amour embrasse des thèmes universels pour mieux cibler les points de tensions (crise domestique, crise d’autonomie, crise sociale), pour en dévoiler les aspects les moins apaisés, les moins évidents. Le pari est relevé haut la main.

Réalisé par Claire Burger. Avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg… Durée : 1H38. En salles le 27 mars 2019. FRANCE