Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt

Choisis ton camp !

Le cosmos, une pluie d’étoiles, des nuages couleur barbe à papa, des toutous géants qui sautillent au ralenti… Non, ce n’est pas un trip sous LSD mais ce que voit Diamantino lorsqu’il est en action sur un terrain de foot.

Présenté en compétition à la Semaine de la Critique, le premier film queer et camp de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt mêle avec talent culture populaire et univers du conte. Les deux réalisateurs façonnent un monde parallèle, à la lisière du notre, et mettent en scène un footballeur façon Apollon benêt amateur de beaux bolides, ses deux sœurs jumelles toxiques et son coach de père. Evidemment, on ne peut s’empêcher de voir en Diamantino une prodigieuse caricature de notre cher Cristiano Ronaldo. En finale de la Coupe du Monde, Diamantino rate son penalty, fait perdre le titre au Portugal et devient la risée nationale jusqu’à ce qu’un groupuscule fasciste le récupère pour en faire son égérie.

Diamantino parvient sans peine à s’extraire de sa dimension fourre-tout et s’affirme comme une habile critique du système politico-médiatique contemporain. Si la candeur et le regard bovin du jeune footballeur engendrent d’abord la moquerie, la froideur et l’artificialité du monde qui l’entoure font finalement de son innocence une force (utile pour lutter contre le côté obscur). Crise des migrants, montée du néofascisme en Europe, l’affaire des Panama Papers, tout est brassé par la machine Abrantes et Schmidt avec férocité, poésie et humour. Tout en s’inscrivant dans un courant moderne, à mi-chemin entre Les Milles et Nuits de Miguel Gomes et l’univers queer de Joao Pedro Rodrigues, le film rend par la même occasion hommage à une cinéphilie très 90’s, comme si Charlie et ses drôles de dames avait été réalisé par Gregg Araki. Une sorte de rêve illuminé dont on s’éveille plus léger.

Réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. Avec Carloto Cotta, Cleo Tavares… Durée : 1H32. Portugal / France / Brésil. En salles prochainement.