Écrans Mixtes, épisode 1 : Rémi Lange et les réfugiés LGBT

La 9ème édition du festival du cinéma queer “Écrans Mixtes” se tient du 6 au 14 mars à Lyon. Si l’invité d’honneur est James Ivory et que le festival consacre un focus au “Novo queer cinema”, nouvelle vague du cinéma queer brésilien, il fait aussi la part belle aux réalisatrices et réalisateurs français. FrenchMania est sur place à leur rencontre. Épisode 1 : Rencontre avec Rémi Lange.

Rémi Lange (Prouve que tu es gay) : “Les migrants n’ont pas le droit à la parole, les migrants gay encore moins

Rémi Lange consacre un documentaire brut, déchirant et tourné dans l’urgence sur les réfugiés d’Afrique contraint de quitter leurs pays à cause de leur sexualité ou de leur identité de genre. Une fois en France, ce sont d’autres contraintes qui les attendent et notamment l’attente et le long parcours pour obtenir des papiers et un statut. Parcours pendant lequel, ils doivent raconter leur histoire pour se conformer à la loi. Comme le dit le titre en forme d’injonction Prouve que tu es gay.

Le film s’est tourné très vite, il y avait une urgence à raconter ces histoires, à rapporter ces témoignages et insister également sur les  difficultés même une fois arrivé en France ?

Rémi Lange : J’ai rencontré Jean-Yves qu’on voit dans le film et qui l’a coproduit avec son association d’aide aux migrants issus des minorités sexuelles, basée à Lyon, au mois de juillet et nous avons tourné en août et en septembre dernier. Je lui ai dit que je recevais des migrants chez moi de temps en temps à Marseille mais j’ai été stupéfait et admiratif de ce que lui faisait comme travail d’accueil et d’accompagnement. Les histoires que j’entendais étaient dramatiques, émouvantes, et de nombreux migrants avaient peur, et ne souhaitaient pas être interviewés. J’ai déjà fait des films militants, ce n’est pas nouveau pour moi. Le film était nécessaire, il était urgent politiquement de recueillir cette parole. Les migrants n’ont pas le droit à la parole, les migrants gay encore moins.

On imagine que c’est très difficile pour ces personnes de témoigner, de raconter les horreurs qu’elles ont subies…

Certains ont quand même accepté, mais parfois sans montrer leur visage. Je me suis consacré aux quatre personnes qu’on voit dans le film. Un autre garçon, Merlin, m’a demandé de ne pas utiliser son interview avant son passage devant l’OFPRA (l’organisme qui gère les demandes d’asile en France, NDLR) donc elle sera intégrée plus tard au film ou peut-être que je ferai un autre film spécifiquement sur lui car il a très envie de faire du cinéma, d’apprendre et il est brillant. Sama, la jeune femme transgenre marocaine quand je l’ai connue elle vivait à la gare et depuis le tournage elle a trouvé un logement. Didier (c’est un nom d’emprunt) a vécu plus de quatre mois dans la rue. Et un des squats lyonnais qui accueille plus de 200 personnes va fermer. La situation est dramatique, il y a de nombreux mineurs. Après ce qu’ils ont vécu … L’attente pour l’OFPRA peut durer 10 mois, un an, ils n’ont aucune solution et nombre d’entre eux ont recours à la prostitution. Mais ils préfèrent dormir dehors en France que de se faire massacrer par leur famille dans leur pays d’origine ou même par les voisins et la police parce qu’ils sont homosexuels.

Le film est dur, la parole est brute mais vous avez souhaité quand même y insérer de l’humour et finir sur un rire notamment grâce à la présence de Kassim…

J’ai passé beaucoup de temps avec eux et notamment avec Kassim quand il vivait chez Jean-Yves. C’est un garçon drôle et solaire et il s’est imposé comme personnage principal parce qu’il a pris le parti pris de sourire, d’être joyeux et que cela donne de l’espoir. Il a une accumulation de souffrance telle que c’est parfois insoutenable. Le film devrait beaucoup circuler en festival car cette parole est capitale, j’ai conscience qu’il est un peu trop amateur pour se conformer aux formats télé mais il me semble vraiment important que, notamment, les LGBT français entendent cette parole.