Entretien avec Christa Théret et Guillaume Gouix / Gaspard va au mariage d’Antony Cordier

Elle est Coline, jeune femme à la peau d’ours. Il est Virgil, jeune homme à la peau dure. Christa Théret et Guillaume Gouix sont frère et sœur dans le troisième film d’Antony Cordier, Gaspard va au mariage en salles le 31 janvier, fiction drôle et émouvante sur la famille, la perte de l’innocence, l’amour et l’indépendance.

Comment avez-vous été approchés l’un et l’autre pour les rôles de Coline et Virgil ?

Christa Théret : J’ai rencontré Antony d’abord. On a pris un café, on a parlé du film, j’avais déjà lu le scénario. Mais on a surtout parlé de plein d’autres choses. Je crois que ce rendez-vous, c’était avant tout pour voir comment le courant passait, pour apprendre à se connaître. Antony cherchait des “natures” particulières. Le cinéma, c’est de l’humain. Ensuite, j’ai fait un essai avec Félix Moati (Gaspard, Ndlr), qu’Antony avait déjà choisi. On a fait la scène du bain que prennent Coline et Gaspard ensemble, sur un table, et on imaginait la mousse à raser ! C’était tout de suite fluide, super cool, et je connaissais Félix car nous avions tourné ensemble dans LOL (de Lisa Azuelos, Ndlr). Il y a tout de suite eu quelque chose de fraternel entre nous.

Guillaume Gouix : J’ai aussi rencontré Antony autour d’un café. En fait, pour tout vous dire, je n’avais pas compris qu’il me proposait le film et il n’avait pas compris que je voulais jouer dedans (rires) ! Tout s’est ensuite fait le plus naturellement du monde. Je suis ravi d’avoir rejoint cette famille-là. Félix, Christa et moi, on se connait dans la vie, donc il n’y avait que de la joie. En général, on a tendance à m’attribuer au cinéma des rôles un peu plus musclés, donc j’étais content d’incarner Virgil.

Gaspard va au mariage est une comédie dans laquelle infusent plusieurs autres genres, c’est ce qui fait sa richesse et sa liberté de ton. C’est ce qui vous a séduits à la lecture du scénario ?

C.T : Oui, c’est une tragi-comédie moderne avec une part d’étrangeté. Tout est pluriel dans Gaspard, rien n’est d’une couleur. Cette expression est un peu clichée, mais on passe du rire aux larmes. Les personnages ont tous une densité. On se marre et en même temps, il y a des choses plus mélancoliques qui touchent à l’enfance, aux souvenirs, au passé, des choses douloureuses aussi puisque Coline, Virgil et Gaspard ont perdu leur mère lorsqu’ils étaient enfants. Tout ça mis ensemble, c’est fort.

G.G : Je ne fais pas trop attention aux genres des films en général, ce n’est pas un critère de sélection d’un rôle par exemple. Ce qui m’intéresse, c’est la nécessité qu’ont les gens à faire un film, la nécessité de raconter quelque chose, de faire rire ou d’émouvoir. Le cinéaste m’importe plus que le genre du film en lui-même. Dans le film d’Antony, c’est vraiment la poésie qui se dégageait de cette histoire et de ces personnages qui m’a séduit. La morale n’est pas le prisme par lequel Antony voit l’humain. Le film parle d’amour dans ce qu’il a de plus poétique, il ne dépend pas d’un jugement moral. Antony a l’oeil. Il cherche ce qui grince, et les défauts, il en fait des qualités. C’est en ça que le film est très émouvant dans son écriture.

C.T : C’est vrai. C’est super de pouvoir jouer et voir à l’écran des personnages vivants, jamais linéaires. Antony a le sens du contraste. Rien n’est surligné. Ce qui m’a plu sur le tournage, c’est de me fier à l’instinct de la scène, de jouer avec l’autre…

G.G : Oui, il fallait que cette famille fonctionne, qu’on y croit. Elle fonctionne et dysfonctionne en même temps, comme toutes les familles. Ce qui m’a plu pour ma part, c’est la volonté d’Antony de retirer l’affect dans la direction d’acteur. Rien ne devait peser. Il fallait qu’on se dise des choses horribles de la même manière qu’on se serait dit “Passe-moi le sel”. C’était l’état d’esprit.

Antony a l’oeil. Il cherche ce qui grince, et les défauts, il en fait des qualités. C’est en ça que le film est très émouvant dans son écriture – Guillaume Gouix

Quel metteur en scène est Antony Cordier ? Comment s’est déroulée la collaboration sur le tournage ?

G.G : C’était un échange. C’était en même temps très précis et très libre car Antony est sensible aux accidents heureux qu’il peut y avoir pendant une prise. Il était attentif, très observateur aussi.

C.T : Pour la scène où on danse tous ensemble, Antony a fait appel à un chorégraphe. Donc certaines séquences étaient plus répétées que d’autres.

G.G : Dans cette séquence, Antony arrive à choper le caractère de chaque personnage je trouve, juste à travers l’expression des corps. L’un est plus volontaire, l’autre plus romantique, l’autre plus rêveur, décalé… C’est là où Antony est fort et sensuel dans son cinéma. Cette séquence n’était pas au scénario à l’origine, enfin, elle tenait sur une ligne, et c’est une belle idée qu’il a eue d’en faire une vraie séquence avec une densité émotionnelle et dramaturgique. Ça donne du culot au film qui, plus globalement, est irrévérencieux je trouve.

Y a-t-il des films sur ces sujets-là (famille, irrégularité des relations, émancipation) qui vous ont marqués en tant que cinéphiles ?

C.T : C’est n’est pas que sur la famille, mais j’ai adoré Fish Tank d’Andrea Arnold par exemple. Il y a une ambiance un peu chelou dans ce film, l’héroïne a une histoire avec son beau-père, c’est à la fois drôle, singulier et culotté. Comme dans Gaspard, on est à cheval sur plusieurs tons et couleurs.

G.G : Les films de Desplechin ont ces nuances-là aussi. Un conte de Noël, sur la représentation de la famille, c’est fort, drôle, poignant. Là aussi, les membres d’une même famille sont capables de se balancer des horreurs l’air de rien. J’adore aussi Un château en Italie (de Valeria Bruni Tedeschi, Ndlr), très beau film sur la famille, tendre et violent.

Christa, vous êtes une femme-ours dans le film qui, rappelons-le, se déroule dans un zoo. Si chaque personnage devait être un animal de ce zoo, lequel serait-ce ?

C.T : Pour moi, Coline, c’est un peu Princesse Mononoké, mais avec une peau d’ours. Virgil, ça pourrait être… un castor ! Parce que c’est le personnage qui pense le plus à l’organisation.

G.G : Gaspard, ça serait…

C.T : Un chimpanzé ! C’est un animal qui en apparence a l’air un peu à l’ouest mais qui en réalité est super intelligent et très tendre. Comme Gaspard non (rires) ?

Propos recueillis par Ava Cahen