Festival de Saint-Jean-de-Luz : Le Palmarès !

Le Festival de Saint-Jean-de-Luz a pris fin hier soir et le jury 100% féminin présidé par Corinne Masiero a annoncé son palmarès, retrouvez le détail des prix accompagnés de nos critiques des films récompensés.

GRAND PRIX

Ex aequo : Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi /  Monsieur de Rohena Gera

PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Chien de garde de Sophie Dupuis

PRIX D’INTERPRETATION FÉMININE

Diane Rouxel et Jeanne Cohendy dans Marche ou crève de Margaux Bonhomme

PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE 

Jean-Simon Leduc et Théodore Pellerin dans Chien de garde de Sophie Dupuis

PRIX DU COURT MÉTRAGE

Ex-aequo : Make it soul de Jean-Charles Mbotti Malolo et Malik de Nathan Carli

AUTRES PRIX

Prix du Jury jeunes : Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi

Prix Jury jeunes court métrage : Make it soul de Jean-Charles Mbotti Malolo

Prix du public : Monsieur de Rohena Gera

Prix du public court métrage : L’Enfant chameau de Chabname Zariâb

 

Les films primés vus par FrenchMania

Tel Aviv on fire : Checkpoint Comedy Club

Prenez Salam, palestinien, la trentaine un peu loser qui vient de décrocher un poste d’assistant dialoguiste sur le soap arabe Tel Aviv on fire. Ajoutez-lui Assi, officier israélien en charge du point de contrôle entre Ramallah où se tourne la série et Jérusalem où vit Salam, un homme délaissé par sa femme, elle-même fan de … Tel Aviv on fire ! Quand le second arrête le premier, un drôle de rituel se met en place. Assi décide de changer le cours de l’histoire de ce feuilleton pour reconquérir son épouse en obligeant Salam a des séances d’écriture quotidiennes. Salam, lui, profite de l’aubaine pour trouver l’inspiration et s’imposer comme scénariste. L’idée de départ et la mécanique de ce deuxième film du réalisateur palestinien Sameh Zoabi sont d’une intelligence et d’une drôlerie folles. En partant du principe que la télévision et ses séries à l’eau de rose sont le lieu virtuel d’une réunion des peuples, Zoabi met au point un scénario malin et invente la “checkpoint comedy”, un film dans lequel un arabe et un juif allient leurs forces dans ce lieu entre deux mondes pour parvenir à leurs fins : sauver son couple pour l’un, reconquérir son amour de jeunesse pour l’autre. Kais Nashif et Yaniv Biton s’en donnent à cœur joie et Lubna Azabal fait des merveilles dans un rôle à tiroirs de comédienne-héroïne d’un soap un peu cheap. A noter, la participation, dans le rôle de l’habilleuse qui se rêve actrice, de la comédienne française Laëtitia Eïdo, l’une des héroïnes de la série israélienne Fauda, gros carton dans toute la région. Quand l’humour se met au service de la réconciliation de façon aussi brillante, c’est l’espoir qui se fait jour entre deux rires. FFM

Tel Aviv on fire, réalisé par Sameh Zoabi. Avec Kais Nashif, Yaniv Biton, Lubna Azabal, Nadim Sawalha, Laëtitia Eïdo. Durée : 1h37 – En salles prochainement – LUXEMBOURG-FRANCE-ISRAEL-BELGIQUE

Monsieur : Madame rêve

Ratna (Tillotama Shome) travaille comme domestique chez Ashwin (Vivek Gomber), fils d’une famille riche de Bombay. Ils ont presque le même âge mais appartiennent à deux mondes différents. Il a tout, elle n’a rien, hormis des rêves lointains (ouvrir sa propre boutique de vêtements, passion couture). Pourtant leur regard cache, chez l’un comme chez l’autre, une profonde mélancolie, l’envie d’être aimés et indépendants. Présenté cette année à La Semaine de la Critique et récompensé du Prix de la Fondation Gan, Monsieur coche à la fois la case de la comédie romantique et du film indé intime et social. Subtilement écrit, ce premier long métrage de Rohena Gera touche par sa sobriété. Il y a bien quelque chose de pudique, de chaste, tant dans la mise en scène que dans le jeu de Shome et Gomber, projetés dans les rôles classiques de l’employée et l’employeur séduits l’un par l’autre. De ces personnages archétypaux, ils font autre chose, une composition personnelle, chargée d’émotions réservées et controversées. Un film doux et amer à la fois, enchanté et désenchanté aussi. AC

Monsieur, réalisé par de Rohena Gera. Avec – Durée : 1h39 – Avec : Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni. En salles le 26 décembre 2018. INDE-FRANCE

Chien de garde : Compte ses blessures

La scène d’ouverture de Chien de garde est l’une des plus saisissantes vues cette année au cinéma, une scène violente, dérangeante qui fait l’effet d’une transe et introduit sans détour les deux personnages principaux. JP et Vincent sont deux frères que tout oppose. Le premier étudie, travaille et vit une belle histoire avec Mel, le second est hyperactif et imprévisible, victime de troubles du comportement Ce qui les réunit : un amour fraternel plus fort que tout et les basses besognes qu’il doivent effectuer pour le compte de leur oncle à la tête d’un réseau local de deal de drogues. Leur mère, en sevrage alcoolique, peut craquer à tout moment et les garçons doivent régulièrement aller impressionner avec violence les mauvais payeurs qu’on leur désigne. JP n’a qu’un seul but : conserver l’équilibre précaire de ce foyer à quatre. Nommé 8 fois (et récompensé 3 fois) aux “César” québécois, Chien de garde vient d’être choisi pour représenter le Canada à l’Oscar du meilleur film étranger, une consécration méritée pour Sophie Dupuis dont c’est le premier long métrage. La jeune réalisatrice prend son sujet à bras le corps avec une caméra vivace, instinctive qui se fraye des chemins impossibles dans cet appartement sombre et presque désincarné par le trop-plein de drames. Un climat crépusculaire s’installe dans la vie de ses deux frères fait de virées contraintes et de tensions omniprésentes.. JP passe l’essentiel de sa vie à protéger son cadet de ses accès de violence et des coups et blessures qu’il semble prendre plaisir à s’infliger. En plus de révéler au public français Jean-Simon Leduc (JP) et Théodore Pellerin (Vincent), deux immenses acteurs séduisants et intenses, Sophie Dupuis signe un premier film choc qui la place directement sur la liste des réalisateurs québécois à surveiller de près. Avec son intrigue à la James Gray et sa famille dysfonctionnelle à la Dolan, Chien de Garde vise juste : en plein cœur. FFM

Chien de garde, réalisé par Sophie Dupuis. Avec : Jean-Simon Leduc, Théodore Pellerin, Maud Guérin, Paul Ahmarani. Durée : 1h27 – En salles le 14 novembre 2018. CANADA

Marche ou crève : A ma sœur

Les premières minutes du premier film de Margaux Bonhomme sont presque insoutenables. On découvre une famille bouleversée par la vie au cœur de l’été. Elisa (Diane Rouxel, une fois de plus impeccable) est venue passer l’été avant d’attaquer le lycée. Elle vient travailler dans une exploitation agricole mais également aider son père (Cédric Kahn idéal) à s’occuper de Manon, sa sœur handicapée moteur cérébrale (Jeanne Cohendy, la révélation du film, comédienne inspirée à suivre de près). Manon et son inaptitude aux gestes les plus élémentaires de la vie mobilisent une énergie de chaque instant pour ce père et sa fille alors que la mère a quitté le foyer. Et il faut avoir la force de faire face pour supporter la souffrance engendrée par les râles et les cris. Au fil du film, la distinction se fait entre les plaintes et les éclats de rire, les bruits de Manon apparaissent pour ce qu’ils sont : le langage qu’on apprend à déchiffrer d’une personne qu’on apprend à aimer. Sans prendre de pincettes, Margaux Bonhomme jette le spectateur au milieu de cette famille sans lui permettre de détourner le regard et elle sait ce qu’elle fait. Elle oblige à affronter la différence, à la regarder dans les yeux. Un film sans artifice, frontal et nécessaire. FFM

Marche ou crève, réalisé par Margaux Bonhomme, avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn, Pablo Pauly. Durée : 1h30 – En salles le 5 décembre 2018. FRANCE